‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 20 sur 367 · LES GRIEFS DU PAPE · texte numérisé non relu

LES GRIEFS DU PAPE

mémoire de feu M. le Cardinal de La Valette, désire aussi que M. le Nonce Scoti s'abstienne de la sienne. »

A ces mots, le nonce interrompit le secrétaire d'État : il comprenait à présent combien la France était loin de vouloir la paix, c'était la seule question dont il fut autorisé à entretenir Sa Majesté et on lui ôtait tout moyen de la traiter avec le Roi.

Chavigny observa qu'on ne l'avait pas laissé achever ce qu'il avait à dire; son écrit portait que « toutes et quantes fois que ledit Sieur Nonce auroit à faire quelque proposition qui pût avancer effectivement le repos de la chrétienté, il la fit faire » à lui Chavigny par son auditeur.

Le nonce répondit que toute proposition serait vaine; il y avait trois ans que la France « amusoit M. le Légat à Cologne, sans y avoir voulu envoyer ses plénipotentiaires », quoique ceux des rois de Hongrie et d'Espagne s'y trouvassent déjà. Et comme Chavigny assurait que « la Roi étoit prêt à faire partir les siens, pourvu que l'on accordât les passeports qu'il avoit demandés pour ses alhés », Scoti observa qu'un nonce ne pouvait « se mêler des affaires des puissances hérétiques ». Justiniani, ambassadeur de la Répubhque de Venise à La Haye, s'était chargé de l'affaire des passeports. Les Hollandais, — Scoti le savait par le Vénitien, — n'avaient nulle hâte de mettre en route leurs plénipotentiaires, et ils ne cachaient point que, s'ils montraient si peu d'empressement, c'était pour se conformer au désir du Roi et du cardinal.

Chavigny ne voulut point lire une copie de la lettre de Justiniani que le nonce avait dans sa poche. Le secrétaire d'État ne tenait pas à se laisser convaincre. H dit seulement que le Roi « ne pouvoit traiter sans ses alliés » et il était sur le point de s'en aller, lorsque le nonce reprit : « Après avoir parlé beaucoup, je désire en trois paroles, vous faire connaître que je sais que des intérêts particuliers sont cause de la mauvaise intelligence qui est entre le Pape et le Roi et que le refus des bulles du généralat de Citeaux fait que le châtiment du crime de Rouvrai passe pour une affaire d'État, quoiqu'il ne touche en aucune façon la réputation du Roi. Encore que je ne sois plus admis en l'audience de Sa Majesté, je trouverai bien moyen de lui faire entendre comme les choses se passent. —

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