‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 23 sur 367 · UN PAPIER DONT PERSONNE NE VEUT · texte numérisé non relu

UN PAPIER DONT PERSONNE NE VEUT

pas à rentrer. Les deux visiteurs montèrent à la chambre haute.

A cinq heures et demie, le nonce parut enfin. Ils lui présentèrent la feuille signée du Roi, contresignée du secrétaire d'État, qu'il avait refusée l'avant-veille. Il ne l'accepta pas davantage cette fois et même à plusieurs reprises il la repoussa de la main : « Monsieur, dit alors M. de Berlize, j'ai charge de la part du Roi de vous en faire la lecture en présence d'un officier de son Conseil. » Et il remit la feuille à l'huissier. Mais déjà le nonce avait disparu dans une pièce voisine, dont la porte s'était aussitôt fermée. Il fut impossible d'obtenir que les domestiques du nonce remissent l'écrit à leur maître. Loin de consentir à recevoir cette feuille, les domestiques la jetèrent à l'introducteur des ambassadeurs, qui ne voulut point la reprendre. Berlize en fut réduit à remonter dans son carrosse. Il allait s'éloigner de l'hôtel de Cluny, lorsqu'un domestique accourut précipitamment, jeta le papier dans la voiture et s'esquiva dans la maison. Porte close. Ce fut en vain que Berlize y fit heurter, l'introducteur des ambassadeurs ne fut pas introduit (1).

Voilà pourquoi, dans la lettre qu'il écrivait à Richelieu en ce 14 décembre 1639, Louis XIII fulminait contre « les extravagances » du nonce. Le 16, le Roi défendit aux évêques et prélats qui étaient à Paris « d'avoir aucune communication avec M. Scoti, nonce extraordinaire en ce Royaume ». Et cela pour deux raisons. La première était que « Sa Majesté ne l'ayant reçu qu'en cette qualité, il n'avoit aucune fonction ordinaire en vertu de laquelle il dût avoir communication avec eux ». La seconde était l'audacieux propos que le nonce avait tenu à Chavigny : « La plupart des évêques de France se trouveroient pour Sa Sainteté contre le Roi ». « Il faut, commandait le ministre, donner ordre au chevalier du guet, d'être plus au guet que jamais à la porte dudit Sieur Nonce et d'arrêter au sortir de son logis tous ceux qui iront à heure indue, c'est-à-dire depuis que la nuit sera fermée. Si par hasard il s'y rencontroit quelques-uns de ceux que vous savez, il y auroit plaisir à en recevoir des nouvelles le lendemain matin, après qu'ils auroient

(1) Voir Aubery, Mémoires pour r Histoire du Cardinal Duc de Richelieu, édition de Cologne, tome IV, pages 345-3'i6 et Père GrilTet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, page 246.

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