UN INQUIÉTANT GRIMOIRE
les maisons, terres, possessions, héritages, rentes foncières, dîmes inféodées, droits de champart, usages, aisances, et généralement tous autres droits et biens immeubles, tant nobles que roturiers, que chacun d'eux possédait, savoir les bénéficiers et payant décime soit par acquisitions ou donations à eux faites depuis l'an mil cinq cent vingt seulement : et pour le reste de tous les gens de main-morte non payant décime, de tous les biens immeubles généralement qu'ils possédoient, non amortis et compris dans les amortissements particuliers et en bonne et due forme qu'ils avoient pu ci-devant obtenir de Sa Majesté ou des Rois ses prédécesseurs », Il y avait vers la fm du grimoire cette phrase menaçante : « Et s'il se trouve quelque omission desdits biens es dites déclarations, ils seront confisqués, acquis au Roi, réunis à son domaine (1). »
Les officiers des finances estimaient que l'on pouvait, sans injustice, « exiger du Clergé quatre-vingts millions pour le seul article des amortissements ». Richeheu ne parla pas très difîéremment aux députés des évoques, le droit du Roi lui semblait incontestable. Mais « il s'était déjà plaint à MM. des Finances des voies extraordinaires que l'on prétendoit avoir été employées contre les ecclésiastiques », il promit de dire au Roi que le Clergé ne refusait pas de payer ce qui était juste, et qu'il espérait obtenir de la bonté de Sa Majesté le traitement le plus favorable pour les bénéficiers du Royaume.
Richelieu ne s'était pas montré moins conciliant en une autre occasion, le 27 août de cette même année 1639. A Langres, l'une de ses étapes sur le chemin de Grenoble (2), tandis qu'il s'en allait, en compagnie de Louis XIII, conférer avec la duchesse de Savoie, il avait rédigé ce mémoire : « MM. du Conseil trouveront bon que je leur dise qu'il est de leur prudence de regarder si bien dorénavant aux établissements nouveaux qu'ils voudront faire, qu'il n'en puisse arriver d'inconvénients pareils à ceux de Normandie. Le nom de gabelle est si odieux et le fruit de l'étabhssement qu'ils ont voulu faire de si peu de conséquence, que je ne saurois assez
(1) Voir Mercure François, tome XXIII, pages 367-369.
(2) Richelieu venait d'Abbeville. Voir ci-dessus, page 3.