‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 27 sur 367 · LES NORMANDS NE VEULENT PAS PAYER · texte numérisé non relu

LES NORMANDS NE VEULENT PAS PAYER

m'étonner comme ils ont voulu faire une adjonction à la ferme des gabelles, qui peut apporter tant de trouble et si peu de profit. On pouvoit, ce me semble, considérer qu'il falloit être d'autant plus retenu en telles affaires que l'éloignement du Roi pouvoit donner hardiesse aux méchants de faire éclore leurs mauvais desseins. Toutes et quantes fois qu'on en usera ainsi, on rappellera, dans la mémoire des peuples, le souvenir de tout ce qui les blesse et, bien que la dernière nouveauté soit la vraie cause de leur mouvement, pour rendre leur cause plus plausible, ils l'imputeront à tout ce qui leur est à charge. Je supplie MM. du Conseil de considérer l'avenir par le passé et ne s'embarquer plus dans des affaires dont les conséquences soient si mauvaises qu'on ne puisse jamais apaiser la rébellion qu'en révoquant avec honte ce qu'on a fait (1). »

Quels étaient donc ces « inconvénients de Normandie », cette rébellion dont parlait le cardinal? Les officiers des finances avaient été assez imprudents pour déclarer que, dans chaque paroisse, les habitants seraient solidaires pour le paiement de la taille. Un certain nombre de paysans fort aisés qui avaient payé leur part, refusèrent de payer celle des autres. Emprisonnés, ils envoyèrent leurs plaintes au parlement de Rouen. Le Parlement et la Cour des Aides donnèrent l'ordre de les élargir : « La Cour des Aides, raconte le Père Griffet, rendit, le 4 de juin, un arrêt qui défendait à toutes personnes, sous quelque prétexte que ce fût, de faire aucune levée sans lettres patentes du Roi, dûment enregistrées, avec ordre de la publier dans toutes les paroisses et tous les marchés du ressort et de l'afficher aux portes des villes (2). » Il n'en fallut pas davantage pour provoquer une révolte, — la révolte des Nu-pieds, — dont le nom était destiné à rappeler la misère.

Comme il était d'usage sous l'ancien régime, les rebelles, qui comptaient sur le parlement de Rouen, se réclamèrent du Roi. Le placard que leur général diffusait dans toutes les paroisses de basse Normandie, commençait fort loyalement : « Il est commandé aux paroissiens et habitants de cette paroisse, de quelque qualité et

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, pages 495-496.

(2) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, pages 248-249.

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