‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 269 sur 367 · T2G BON FEU AVEC TOUT BOIS · texte numérisé non relu

T2G BON FEU AVEC TOUT BOIS

et ménageait ces « précieux » et bruyants personnages de l'hôtel de Rambouillet; il pensait, comme tout le monde, que l'heure était venue de mettre un terme à ces fâcheuses polémiques. Son familier Boisrobert, auteur dramatique, lui, insistait auprès de l'P^minence, au nom des adversaires de Corneille, parmi lesquels des membres de l'Académie. Finalement, le cardinal se laissa faire et il dit « qu'il seroit bien aise de voir leur jugement et que cela le divertiroit »... « Que cela le divertiroit » : voilà le mot du maître ! Corneille n'avait qu'à s'incliner. La question lui fut posée; il s'inclina : « Je n'ai rien à dire. »

C'est un grand art, chez ceux qui ont en mains la destinée des peuples, de savoir se servir de l'esprit public dans l'intérêt de tous et de faire du bien même avec les passions : bon feu avec tous les bois. Par exemple, lorsqu'un pays s'est laissé aveugler par les sophismes, par ce faux langage de la surenchère des partis, il importe qu'une main forte réagisse et règle, selon l'équité et la sagesse, les querelles, les abus qui sont de tous les régimes. C'était le système de Richelieu dans les grandes et les petites affaires : viser le bien, se limiter au possible, c'est tout l'esprit de son gouvernement.

Pour rester dans le domaine des lettres, ne craignant pas la lumière, ne craignant pas la critique, le ministre acceptait la discussion, l'examen public des choses et des causes. Ne verrons-nous pas ce « dictateur », ce « tyran » créer la presse politique et inaugurer ainsi la publicité des affaires? Il avait besoin de l'opinion et ne craignait pas de l'avertir, de la renseigner et de faire appel à son sentiment.

C'est ainsi, qu'en soumettant la Querelle du Cid au jugement de l'Académie, il réclamait, des lettres françaises, une réflexion, une méthode plus approfondies, écartant à la fois les improvisations et les partis pris. Le débat s'engageait, d'ailleurs, sur différentes questions du plus réel intérêt : influence du théâtre sur les mœurs, formes techniques du drame, emploi de la prose ou du vers, etc., débat important pour l'avenir de l'intellectualité française et moderne.

En lisant, aujourd'hui, les Sentiments de V Académie sur le Cid,

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