‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 268 sur 367 · A-2\. LES LETTRES PATENTES DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

A-2\. LES LETTRES PATENTES DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

CiOmpagnie en général et chacun en particulier, qu'il leur savoit gré de ce qu'elle lui demandoit sa protection et qu'il la leur accorderoit de bon cœur », Ce fut tout : le cardinal ne devait jamais paraître dans une réunion de l'Académie; et, comme l'a fait observer M. Batiffol, on ne trouve ni dans ses papiers, ni dans ses archives aucun document qui se rapporte à cette fondation.

Boisrobert, toujours fidèle à son esprit de flatterie, dit, devant lui, que, dans le programme de l'institution, on pourrait inscrire, comme sujet des travaux de la Compagnie, de célébrer la gloire et les hauts faits du cardinal. Celui-ci dit qu'il ne pouvait en être question.

Non pas, certes, que Richelieu fût insensible aux louanges, fussent-elles conventionnelles. Il suffit de parcourir les ouvrages du temps, en particulier le Parnasse royal de Boisrobert, les Poésies du Père Lemoine, celles de Godeau, de Maynard, de Colletet, pour être édifié à ce sujet; personne n'ignore que le cardinal entretenait autour de lui l'équipe de ces louangeurs et qu'il leur réservait, en retour, des satisfactions sonnantes et trébuchantes. Il soignait ce que nous appellerions aujourd'hui sa publicité. Sans doute aussi, il mûrissait en lui-même les grands projets qu'il contait à son médecin La Mesnardière; mais, habile ménager de son activité, il reportait la réalisation de ses vues au temps d'une paix victorieuse.

Le consentement du cardinal obtenu, on s'occupa d'abord de rédiger les Statuts et ensuite les Lettres patentes de la fondation; celles-ci sont datées du 2 janvier 1635; elles ordonnent « la création d'un corps chargé de rendre le langage françois non seulement élégant, mais capable de traiter tous les arts et toutes les sciences ».

La volonté royale étant ainsi exprimée, l'Académie ne se trouvait pas encore consacrée. Il fallut plus de deux ans pour qu'elle existât légalement. En eiïet, les Lettres patentes n'avaient force d'exécution qu'après avoir été vérifiées par arrêt du Parlement de Paris. Or, ce ne fut qu'après un long retard voulu et après que les vétilleux du Parlement eurent mis au point certains détails relatifs aux privilèges du corps nouveau que, non sans une pression

UNE INDIGNE LÉGENDE 3Z7j

réitérée du cardinal, l'arrêt indispensable fut rendu en juillet 1637. Le cardinal reçut les membres du bureau de l'Académie, venus pour le remercier. 11 leur parla avec une élégance et une bonne grâce qui les charma.

Richelieu et les « sentiments de l'Académie ».

L'Académie n'avait pas encore d'existence légale quand, en mai 1637, Scudéry lui adressait sa requête relative au Cid : « C'est, écrivait-il, la plus belle et la plus importante action publique par où votre illustre Compagnie puisse commencer les siennes. »

L'impression dans le public, et parmi les membres mêmes de l'Académie, fut que c'était une fâcheuse aventure pour elle. Elle hésitait à accepter, ne pouvant le faire, d'ailleurs, que si l'on obtenait, à la fois le consentement de Corneille et l'approbation du cardinal. Corneille se méfiait; il se taisait; il grognait. Les Boisrobert, les Desmarets, etc., n'étaient pas de ses amis. Et le cardinal?

Revenons sur la question : le cardinal était-il, comme il a été dit et répété à satiété, un auteur dramatique, qui voyait d'un mauvais œil le succès de Corneille ? Était-ce lui, comme on l'a dit également, qui avait suggéré la procédure soumettant l'examen du Cid à l'appréciation du corps littéraire qu'il fondait?

La connaissance des faits bouscule, une fois pour toutes, cette indigne légende. Richelieu, quoi qu'on en ait dit, ne se piquait nullement d'être un poète; il ne cherchait pas cette palme. On ne connaît pas un vers qui soit certainement de lui; il n'a collaboré, — ce qui s'appelle « collaborer », — à aucune des pièces jouées sur son théâtre, pas môme à la pièce dite « des Cinq auteurs ». Il faut expliquer, maintenant, d'après les faits authentiques, par qui et dans quel esprit ces propos ont été colportés.

Naturellement, le cardinal était au courant de la Querelle du Cid : elle faisait assez de bruit; il avait fait jouer la pièce plusieurs fois. Il s'était bien aperçu, comme tout le monde, que, si admirable qu'elle fût, elle n'était pas sans défauts. Il connaissait Scudéry

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