‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 271 sur 367 · UN LOURD FACTUM · texte numérisé non relu

UN LOURD FACTUM

r Académie^ — ce serait, assure-t-on, Chapelain (1), — est non moins raisonnable : on a blâmé Corneille d'avoir tiré un parti inattendu d'un combat avec les Maures qui survient juste au moment où se noue la péripétie de l'amour de Chimène, et d'avoir ménagé, en vue de cet événement, la présence d'un corps de troupes en apparence composé des gardes du prince, mais qui, en fait, ne se trouve là d'une faç'on si opportune que pour aller battre les Maures sous la conduite de Rodrigue et dénouer, pour la commodité de l'auteur, la crise du mariage. Sur ce point, l'Académie déclare que cette péripétie n'encourt aucun blâme : « Le poète seroit plutôt digne de louange d'avoir inventé cette assemblée de gens, en apparence contre le comte et, en effet, contre les Maures, car une des beautés de l'art dramatique est que ce qui a été imaginé et introduit pour une chose serve à la fm pour une autre. »

La discussion qui se trouve engagée entre Corneille, Scudéry et l'Académie au sujet de la langue est trop longue et trop minutieuse pour être exposée ici. Ce qui importe, c'est qu'elle se soit produite en toute application et même avec une certaine minutie. En effet, la langue française avait encore à lutter contre une certaine obscurité et incertitude. L'Académie ne donne pas à ses décisions un accent trop absolu; elle signale les points en litige et, en somme, elle s'en rapporte à l'usage. Voilà le mot décisif qui sera désormais la loi et les prophètes en matière de langage. Le peuple fait lui-même sa langue; les doctes n'ont d'autre autorité que de vérifier si l'usage est établi.

Pour projeter quelque lumière dans ce lourd et, en somme, assez médiocre factum, le mieux est de lui emprunter ces quelques lignes raisonnables de la conclusion : « Après tout, il faut avouer qu'encore que l'auteur de la pièce ait fait choix d'une matière défectueuse, il n'a pas cessé de faire éclater en beaucoup d'endroits de si beaux sentiments et de si belles paroles qu'il a en quelque sorte imité le Ciel qui, en la dispensation de ses trésors et de ses grâces, donne indifféremment la beauté du corps aux méchantes

(1) Voir, au sujet du rôle essentiel de Chapelain, la correspondance de cet académicien publiée dans la Collection des documents inédits, par M. Tamisey de la Roque, et, surtout, le volume de l'abbé A. Fabre, Chapelain et nos deux premières Académies, indispensable pour l'étude de la Querelle.

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