‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 272 sur 367 · LES NOTES MARGINALES DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

LES NOTES MARGINALES DE RICHELIEU

âmes et aux bonnes. Il faut confesser qu'il y a semé un bon nombre de vers excellents et qui semblent avec justice demander grâce pour ceux qui ne le sont pas. »

Cette confession, arrachée à des gens qui n'étaient pas trop bien disposés en principe, accordait à l'œuvre de Corneille un prix et elle se dégageait entièrement de l'invective brutale des Scudéry, Mairet, Claveret et autres Boisroberts.

Après trois siècles, ce qui apparaît, en tenant compte des circonstances et du temps, c'est que le Cid, pour citer les paroles mêmes de l'Académie, « a conquis à l'auteur un rang considérable entre les poètes français ». Mais on peut admettre aussi que la pièce pouvait, non sans avantage, être soumise à l'examen réfléchi des hommes qualifiés, fussent-ils académiciens.

La preuve, et cela tranche le débat, c'est que Corneille, lui-même, prit, dès lors, le parti de se livrer, à propos de chacune de ses pièces, à un examen portant à la fois sur les moeurs^ sur les règles et sur la langue; que, de plus. Corneille crut devoir écrire et publier bientôt après, ses trois Discours sur VArt dramatique et sur les Tragédies, — études sincères et qui sont devenues la loi du théâtre français pendant plusieurs siècles; et qu'enfin Corneille se conforma désormais avec le plus grand scrupule à ces fameuses règles attribuées à Aristote, mais qui étaient appliquées, d'ores et déjà, dans l'art dramatique, par le bon sens français.

Quant à la décision du cardinal, qui avait déféré la Querelle du Cid au jugement du corps à peine institué, il est incontestable que l'Académie en reçut un honneur, un éclat, une autorité qui n'ont fait que s'affirmer par la suite et que cette autorité a été décisive pour l'excellence de la langue et même de la scène française.

Richelieu, en prenant le parti de confier cette mission à l'Académie, fut doublement son fondateur et son législateur; et il est intéressant de préciser ce qu'il pensa lui-même des Sentiments exprimés par la Compagnie.

Avant de les publier, on alla lui soumettre une sorte d'esquisse ou de première rédaction. Chapelain confia ce soin à l'éternel Boisrobert. Or, ce premier texte est conservé en manuscrit à la Bibliothèque nationale, et il porte des notes marginales de la

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