‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 278 sur 367 · LA LANGUE FIXÉE · texte numérisé non relu

LA LANGUE FIXÉE

repos de toute ma vie, vous connaîtrez, par la promptitude avec laquelle j'y courrai, que c'est par reconnaissance et par affection plutôt que par devoir. »

Or cette prose, le critique qui la cite la rapproche avec raison des admirables vers de Racine :

Mon père, Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi; Quand vous commanderez, vous serez obéi. Ma vie est votre bien ; vous voulez le reprendre ; Vos ordres sans détours pouvaient se faire entendre. D'un œil aussi content, d'un cœur aussi soumis Que j'acceptais l'époux que vous m'aviez promis, Je saurai, s'il le faut, victime obéissante. Tendre au fer de Calchas une tête innocente, Et, respectant le coup par vous-même ordonné, Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné.

Les mêmes mots, les mêmes nuances, la même distinction le même accent. En coup de foudre, la langue est faite; elle ne changera pas. Jacqueline Pascal et Iphigénie n'ont qu'un seul et même langage de l'âme.

Or, ces deux enfants de l'Auvergne, Pascal et sa sœur, ont entendu la propre parole du cardinal. Et puisque nous en sommes à Racine, n'est-il pas intéressant de remarquer qu'il a recueilli le sujet d'une de ses tragédies, Bajazet^ de la bouche du secrétaire des Mémoires de Richelieu, Cézy (Harlay de Sancy), qui avait été camarade d'enfance de Richelieu et ambassadeur à Gonstantinople (1).

• Voici, maintenant, le livre classique s'il en fut, classique par la solidité, par l'achevé, par la pénétration psychologique et la portée philosophique, les Réflexions ou Sentences et Maximes morales de La Rochefoucauld. Quand donc son auteur l'a-t-il conçu? De quelle expérience de la vie, de quel jugement sur les hommes, de quelles relations sociales ces pages ont-elles été en quelque sorte le miroir?

La Rochefoucauld (alors le' jeune Marcillac) a fait ses débuts

(1) Voir, Histoire du Cardinal de Richelieu, tome IV, page 562; et le Racine de l'Édition des Grands Écrivains, tome III, pages 460 et suivantes.

UICHELIEU. — T. VI. 22

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