L'ACHÈVEMENT DE LA LANGUE
confidence, âme à âme, il y a sa sœur Jacqueline, dont on a dit qu'elle avait dans le génie quelque chose de cornélien; elle écrivait ce vers sur l'amour :
Qui veut te résister est aussitôt le maître,
et ces autres vers sur le mystère divin :
Mon Dieu, je ne pénètre pas Dans les secrets dont, ici-bas, Vous nous ôtez la connaissance ; Mais j'espère en votre équité Et crois que votre Providence Suit les lois de votre bonté.
N'est-ce pas toute la simplicité et la grandeur que la pensée peut exiger de l'expression? Mais cela sonne comme du Corneille, du Descartes, du Richelieu.
La langue de ces deux enfants, c'est la langue française achevée; ils la parlent et l'écrivent naturellement et sincèrement. Le frère aborde la période mondaine de sa vie tourmentée, il fréquente les beaux esprits du temps, le chevalier de Méré, le duc de Roannez et sa sœur. On lui attribue le Discours sur les Passions de V amour, que l'on considère même comme « une confidence, un fragment autobiographique de P"ascal écrit par Pascal ». Si cette attribution est discutée, n'est-il pas frappant, en tout cas, que ceux qui refusent d'y reconnaître une œuvre de l'auteur des Provinciales le donnent à La Bruyère, c'est-à-dire à un écrivain de la fin du siècle : donc la langue est déjà formée telle qu'elle sera et durera.
Poussons la démonstration en nous tournant vers le simple langage courant : la sœur, Jacqueline Pascal, au moment où sa vocation la porta à entrer à Port- Royal, c'est-à-dire en juin 1648, et son père s'y opposant, écrit à celui-ci une longue lettre dont voici quelques passages : « Si Dieu me fait entendre que j'y suis propre, je vous promets que je mettrai tout mon soin à attendre sans inquiétude l'heure que vous voudrez bien choisir pour sa gloire; car je crois que vous ne cherchez que cela... Vous pouvez être certain que vos commandements me sont des lois et que toutes les fois qu'il s'agira de votre satisfaction, au préjudice même du