RICHELIEU ET LES ARTS
Mes yeux avides de beauté, mon âme de salut, n'ont d'' autre vérité pour monter au ciel que de contempler les belles formes.
(Michel-Ange)
L'architecture. Créations architecturales de Richelieu. La coupole dans Paris.
L'homme est un animal bâtisseur. L'habitation, c'est la famille; la route, c'est l'humanité; le temple, c'est la religion.
La construction demande plus d'invention, une réflexion plus profonde, une inspiration plus variée et plus souple, un calcul plus exact, un souci plus intense « du solide et durable » que n'importe quelle création humaine; elle oiïre aux yeux et aux âmes des leçons et des services plus sensibles et plus profonds. On donnerait toute la littérature scolastique pour le dessin de la cathédrale de Chartres.
Ces considérations nous sont imposées par la marche même de l'histoire. Voulant déterminer les causes et les modalités de l'âge classique en France après le ministère de Richelieu, nous nous trouvons amenés à montrer, d'abord, l'évolution des arts au temps du cardinal et sous son influence.
Dans ce siècle, comme dans les autres, les évolutions du goût ont précédé celles de la langue, des lettres et des mœurs; il faut donc passer en revue, d'abord, les œuvres de l'art pour faire
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reconnaître ensuite le développement des idées, des création» intellectuelles et des relations sociales dans ces années qui ont été la riche et ardente jeunesse du Grand Siècle.
Depuis longtemps, une crise profonde agitait les élites. Les nouvelles générations avaient pris le parti héroïque de libérer Tesprit français des chaînes du passé. C'est le caractère de la France : toujours mobile, elle cherche, et elle marche : elle découvre.
Le génie national avait, au moyen âge, donné sa mesure dans l'architecture et dans les créations qui l'accompagnent : la sculpture, la peinture, la tapisserie, les vitraux, sans parler de l'art des jardins et de la disposition du domaine, art seigneurial par excellence.
Le peuple français savait bâtir, ordonner, décorer, orner, planter, aligner, fleurir. Il était, comme on disait : « le maître de l'œuvre »,
La première France, — la France mérovingienne et carlovingienne, — avait exprimé sa pensée et magnifié son sentiment dans la pierre. Mais, comme les siècles se déroulaient, le génie de la race, après la brillante fantaisie du gothique fleuri, s'était laissé séduire par une inspiration, venue d'une connaissance nouvelle de l'antiquité, et avait tourné vers d'autres perspectives, la technique incomparable de son expérience millénaire.
L'époque de cette illumination est fixée historiquement : c'est celle des expéditions de nos Rois en Italie. Disons tout de suite que ce n'est pas tant l'art italien de la Renaissance qui, dans les premiers contacts, frappa le génie français, que l'art antique.
La Rome chrétienne apparut, en ses créations récentes, surtout comme un retour aux méthodes classiques. Nos Français étaient, d'ailleurs, tout préparés et dans l'attente : l'enseignement que leur avaient donné, depuis plus d'un siècle, les premiers humanistes et qui allait se développer encore, après le Concile de Trente, par la multiplication des collèges de Jésuites, était tout latin. La Sorbonne parlait et disputait en latin; l'Eglise parlait et chantait en latin; jusqu'au temps de François I^'" la justice plaidait et édictait ses arrêts en latin; la spiritualité, comme la loi, était latine.
L'art italien était, certes, en plein travail, et, par lui, un bel exemple
(a) Voir l'ouvrage précieux d'Emile Picot, Les Françaia ilaliaiiisnnts, 1907, et celui de Paul Durieu : Les Gascons en Italie, Auch, 1885, in-S".