L'HOTEL DE VILLE DE ROUEN SALVE
« casser le corps de ville »; ôter à Rouen « tous ses privilèges, dons, octrois, deniers communs et patrimoniaux et réunir le tout au domaine du Roi »; il fallait « raser l'hôtel de ville et mettre à la place une pyramide où serait gravé l'arrêt du Conseil ». Séguier enfin, n'avait pas oublié de parler du procès que l'on ferait aux séditieux. Le cardinal eut assez de sens et de goût pour faire écrire au bas des propositions du chancelier : « Ce mémoire me semble bon à l'exception du rasement de l'hôtel de ville de Rouen. »
Ce fut au début du mois de janvier 1640 que le chancelier, avec une suite nombreuse, entra dans la capitale de la Normandie. Gassion, depuis le 31 décembre, s'y trouvait avec sa petite armée. Le 3 janvier, une scène que laissait prévoir le mémoire de Séguier, se déroula dans la grand chambre. Les magistrats étaient assis sur leurs sièges, entre sept et huit heures du matin, lorsque parurent deux huissiers du Conseil, dont l'un donna lecture d'une déclaration que le Roi avait signée le 16 décembre. Ils apprirent qu'ils étaient interdits, chassés de Rouen, mandés à la Cour. A quoi ils ne manquèrent pas de satisfaire : « Et, constate le procès-verbal des huissiers, sommes demeurés en ladite chambre jusques après les avoir vus tous sortir d'icelle (1). » Les mêmes huissiers s'en allèrent ensuite remplir le même office à la Cour des Aides et au bureau des trésoriers de France. Quelques jours plus tard, tout ce que le cardinal avait approuvé dans le mémoire du chancelier était exécuté. Il fut désormais défendu, sous peine de mort, de « proférer les mots de monopoliers, gabeleurs et maltôtiers et autres noms excitant à la sédition ». Quelques condamnations capitales, dont plusieurs par contumace, formèrent l'épilogue du drame des va nu-pieds.
Mais quoi! toujours du sang et toujours des supplices!
comme disait, en cette même année, dans Cinna^ Corneille, avocat à la Table de marbre. Mais aussi la clémence paraissait au cardinal hors de saison en Normandie : « Je vous conjure, écrivait Son Eminence au chancelier, de vous souvenir toujours qu'on ne sauroit
(1) Mercure François, tome XXIII, page 452.