‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 29 sur 367 · LE COMTE DE TÛUKVILLE · texte numérisé non relu

LE COMTE DE TÛUKVILLE

les meilleures troupes de l'armée de Picardie, acheminer cinq mille hommes et huit cents chevaux vers Caen, Avranches et Coutances, où s'étaient déchaînés les mêmes désordres qu'à Rouen. Le 24 novembre, le colonel Gassion, qui commande ces troupes, occupe la première de ces villes, dont il désarme les habitants. Le 27, il décide d'y laisser le gros de l'armée; mais, à la tête de mille fantassins et de cinq cents cavaliers, il va « loger, le 29, à cinq petites lieues d'Avranches ». Les rebelles, au nombre de huit cents, viennent de se barricader dans les faubourgs de la ville. Gassion envoie le comte de Tourville, père du futur maréchal, vers les grèves d'Avranches, avec soixante chevaux. Cependant, à la tête de deux bataillons d'infanterie, le marquis de Courtomer et M. de Marolles attaquent les barricades. Après deux heures de combat, les troupes royales avaient perdu le marquis et quinze hommes, mais trois cents rebelles, dont quatre chefs, gisaient morts sur la place et les survivants fuyaient vers les grèves du côté où la Sée va confondre ses flots avec ceux de la mer. Les fuyards tombèrent sur les cavaliers de Tourville : chargés, sabrés, ils n'avaient plus d'autre ressource que de tenter le passage de l'estuaire, — • qui les engloutit. « Ainsi, constate avec une satisfaction officielle le Mercure François, un peu de sang éteignit ce grand feu qui sembloit devoir embraser toute la province, pendant que la prudence du chancelier amortissoit le reste, donnant au parlement de Rouen toute la bride dont il avoit besoin pour se maintenir au devoir (1). »

Quelles précisions cachait cette expression vague et cavalière: donner la bride? Le chancelier Séguier avait proposé au cardinal d'interdire le parlement de Rouen, la Cour des Aides, les trésoriers de France le lieutenant général de la vicomte : Parlement, Cour des Aides et trésoriers de France devaient payer les dégâts occasionnés aux maisons et bureaux des commis. Il fallut arbitrer une somme « pour la perte que soufTroit le Roi par la cessation de la levée des droits de ses fermes et la faire payer à la ville et surtout aux bourgeois qui avaient des charges de capitaines, lieutenants et enseignes, qui seroient taxés plus que les autres »; il fallait

(1) Mercure François, tome XXIII, pages 409-410.

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