‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 324 sur 367 · PAS D'ÉCOLES DISTINCTES AU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

PAS D'ÉCOLES DISTINCTES AU MOYEN AGE

les monuments et les musées de France, d'Italie, de Belgique, de Suisse, d'Allemagne, en particulier les admirables richesses de l'Espagne et de la Catalogne. Or ma conviction est faite : rien n'est plus faux, plus contraire à la connaissance historique que de supposer qu'il existait, à cette époque, des écoles distinctes selon les nationalités et les provinces; en fait, Vart européen est de partout, c'est un seul et même art et, si l'on veut employer le mot d'école, on est en présence d'une seule et même école, V École européenne.

« Je m'explique : l'art gréco-romain, l'art antique, ne mourut pas; il se transforma lentement. Il devint, d'abord, ce qu'on est convenu d'appeler l'art byzantin, puis l'art roman, puis l'art du moyen âge, appelé par des ignorants art gothique^ mais cette progression, cette évolution s'accomplit d'un mouvement insensible et qui se développa par un travail universel et non spécialement italien. On le trouve analogue partout et plutôt en avance dans le Nord, au même moment, ou peu s'en faut. La mode voyage rapidement; des manifestations sympathiques entre elles, changent peu à peu le caractère du langage artistique. Les idées sont muables! L'art étant un moyen d'expression, ces transformations s'accomplissent, par lui, en larges ondes qui couvrent à la fois tout le continent (1). »

Ces observations étaient inspirées par l'étude des monuments de l'art dans notre midi, dans notre Provence, dans cette belle région niçoise, si originale, si féconde. Comment ne pas s'émouvoir, quand on les a connus, de l'oubli où de tels trésors avaient été laissés par la négligence et l'ignorance des générations successives, toutes appliquées à leur propre besogne et laissant tomber le passé qui les avait formées?

Ce Midi, français était déjà riche et largement producteur; mais apportait-il seul des œuvres durables? Non, on peut même le dire : en peinture, c'est du nord qu'est venue la lumière. On finit bien par s'en apercevoir : au xi\^ siècle, le pape Boniface demandait des peintres à nos Rois. Il y avait des maîtres bourguignons, des

(1) Gabriel Hanotaux. La Provence niçoise, 1928, in-4°, page 101.

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