NUL APELLE N'EMBARRASSE LA PARTIE
La peinture.
La peinture ne se laissa pas faire. Nos peintres, bien entendu, allaient à Rome, comme nos architectes et nos sculpteurs; mais ils gardaient l'air de France dans les poumons.
La peinture est, en fait, un art plus aisé, plus abordable, plus familier. Le peintre a sa vocation dans le sang; sa jeunesse en est saisie et s'y dévoue.
Depuis des siècles, nos primitifs avaient enfoncé le clou de leur émotion dans l'âme des peuples. Tous ces vieux Français de France hommes de Bourgogne, de Flandre, du Berry, de la Provence, avaient un acquis et un aplomb que les grands exemples italiens pouvaient confirmer, enrichir, mais qui leur assuraient le privilège d'une autorité acquise.
Il n'est pas inutile de rappeler, en outre, qu'il n'y avait pas de peinture antique subsistante. Artistes du Nord et artistes du Midi, face à face et à deux de jeu, sans qu'un Apelle quelconque embarrassât la partie.
Un peintre n'a pas besoin de tant de science et de préparation qu'un architecte ou un sculpteur : dès l'enfance, il crayonne et barbouille; c'est déjà peindre. L'école...? Dire de professeur! Voyez ce Poussin, le maître éminent et, nous dirions le classique de cette époque. Où est-elle sa classe? Artisan rustique et ignoré, il court les champs et les routes : on l'entrevoit dans quelques ateliers et sacristies, comme, plus tard, notre Corot. Après son voyage à Rome, les historiens de l'art le découvrent, lui clouent une étiquette : « C'est le Romain ». Maintenant, pour être dans les règles, il faut lui trouver un maître. On cite Jean Warin. Quel est cet illustre que la gloire de son « élève » tire du néant? Ne cherchons pas. Poussin peignait français, comme il parlait français, de naissance; son maître était son pays. A Rome, il apprit l'italien « comme on le parle ». Mais sa langue fut toujours, ainsi que son talent et son génie, français de France.
Il serait bien à désirer, qu'une fois pou? toutes, l'histoire de
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l'art mît à sa place le préjugé de « l'école ». Invention moderne, cadres encombrants et qui craquent, aux prises avec la réalité.
C'est entendu, il y a eu une « Renaissance », et une Renaissance florentine^ puisque Vasari, pour glorifier sa chère patrie, nous l'a affirmé. En fait, durant les longs siècles qui ont précédé ladite « Renaissance », on ne trouvera pas une année qui n'ait vu la vie, la vraie et non factice, livresque, d'un art total : peinture, sculpture, d'un peintre, d'un sculpteur, d'un maître, architecture et génie créateur. Aura-t-on l'audace de tenir pour nulle et non avenue la production immense qui fut celle des artistes occidentaux, baptisés négligemment « les primitifs », comme si c'était une infériorité d'avoir été les premiers!
Il faut donc attendre le siècle quatorze pour saluer la nouvelle Naissance ou Renaissance avec son avènement, son progrès, son apogée, sa décadence comme disent les manuels. Catégories des plus ridicules galimatias, géographique et chronologique : aide-mémoire, sans mémoire; bon, tout au plus, à alimenter la répétition machinale de nos bavards scolaires.
La vérité est ceci : l'Europe a toujours créé, même quand il n'y avait pas d'école; mais l'art n'était pas seulement d'un temps, d'une province ou d'une classe. Il était Vart européen.
Le peintre naît là où il peut; à peine les yeux ouverts, il regarde; il se regarde, il s'amuse, il s'applique, il réfléchit, il se décide. Avec son escabeau, sa boîte et son baluchon, il part, si le cœur lui en dit; il passe la frontière de sa province ou de son pays; autour de lui, il s'imprègne de la nature et des œuvres; il dessine une vache ou un arbre, copie une mosaïque ou un retable, croque plus ou moins heureusement un homme ou une femme, une statue même, s'il la rencontre; mais pas un « modèle », bien sur, où le dénicherait-il? Plantant sa chaise de droite ou de gauche en haut ou en bas, il s'entête,, efface et recommence. Finalement, il a des esquisses dans son cartable et dans son cerveau, ayant fait son tour de France et s'il a pu, son tour d'Europe. La voilà, l'école! Non pas quai Malaquais.
L'un de nous écrivait il y a vingt ans : « J'ai vu et admiré les œuvres de l'art médiéval à peu près dans tous les pays; j'ai visité