LA POÉSIE DE LA NATURE
licFine ou la puissance michelangelesque n'ont annoncé cette émotion sublime. Cela vient d'ailleurs et de loin.
Ce Français est dans la péninsule en conquérant, comme François I^i". Il a occupé Rome; il a annexé même la « Renaissance », même « l'antique », par le pacte de la lumière.
Voici le Diogène brisant son éciielle... Où est-il, Diogène? On le voit à peine. Autour de lui, l'immensité, l'espace, le ciel! Les eaux dévalent des sommets lointains à peine visibles; d'humbles maisons de pêcheurs se mirent dans un ruisseau lucide, une puissante ramure répand son ombre sur la fraîcheur de la terre; un entassement de rochers donne l'idée de la naissance des choses et une modeste culture, celle du travail de l'homme. Au-dessus de tout, planant en un vaste repos, la lumière emplit l'espace; elle règne, elle parle, elle répète la parole du Créateur : « Et la lumière fut ». Casse ton écuelle, Diogène! Inutile, ta recherche! La vraie philosophie, c'est moi, le peintre, qui l'exprime : rien d'ici-bas; tout de là-haut! La lumière!
Voilà donc la grande découverte qui va décider d'un des caractères les plus frappants de l'art moderne, la poésie de la nature : « un paysage est un état d'âme ».
Mais il y a un problème plus difficile à résoudre, l'union des sentiments humains avec le décor de la nature. Qui avait pensé à cela? Qui s'était appliqué à traduire cela en images, avant Poussin?
La solution la plus illustre du problème est dans le tableau fameux, VArcadie. Le paysage y sert de support à deux sentiments, d'une part la douceur et d'autre part la mélancolie de l'existence : Fa in Arcadia ego. Un magnifique paysage, plein de tendresse et d'amour, encadre des ruines dorées dans la verdure des arbres denses. Une femme, habillée à l'antique, se tient debout, dans l'attente comme si elle venait chercher le bonheur. Le bonheur, il est passé! Le vieillard se souvient. Il inscrit la devise comme sur une stèle, comme sur une tombe. Et c'est tout. Ainsi Poussin évoque l'antiquité, à la fois humaniste et moderne; il réunit les deux âges. Le ciel, les arbres sont sa philosophie finale, plus belle que la philosophie des « sages ».