‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 331 sur 367 · LES PAYSAGES · texte numérisé non relu

LES PAYSAGES

présente une réalisation sublime de la beauté; c'est ici à la fois Vordre, le mode et la forme, tels que les réclamait la doctrine du peintre. Madeleine s'agenouille et baise les pieds du Christ; le Fils de Dieu, à la table du festin, l'écoute; il l'entend, il la bénit, elle est pardonnée. Les convives s'interrogent, le plus vieux, — Simon sans doute, — ne peut en croire ses yeux, le plus jeune, — sans doute Jean, — se penche vers la pécheresse en un délicieux ravissement; les docteurs discutent, ils se prononceront après examen; deux incroyants debout, sentent s'éveiller en eux un scrupule : « Est-ce possible? Mais alors? » La composition a isolé le Fils de Dieu au bout de la table dans une clarté divine, près de la repentante; et le drame s'accomplit ainsi en une majesté claire. Le Sacrement de la Pénitence devient une joie en pleine lumière.

Maintenant, le paysage tel que le conçoit Poussin.

Poussin est incontestablement le premier maître qui ait développé, dans l'ensemble d'un tableau, l'éloquence de la nature. Ni Rome, ni Florence, ni Venise ne lui avaient appris cela. D'où cette pensée et cette admirable création?

En pleine évidence, et d'autres preuves vont être apportées par l'étude du mouvement artistique de ce temps. Poussin est préoccupé des décisions du concile de Trente : le peintre ne pouvait plus prendre, pour sujets, la nudité humaine, la passion humaine dans ce qu'elle a de plus exalté, l'amour; il cherchait un refuge « un champ éloigné où il retrouvât la liberté ». Et ce fut le paysage!

La nature lui offrait son vaste spectacle. On reconnaît, en cette révélation, un souvenir des années de jeunesse; en effet, dans son œuvre, même tardive, il y a des paysages qui sont incontestablement normands : vallée de l'Eure, environs des Andelys, etc.; de même qu'on retrouvera des paysages lorrains, illuminés par la lumière romaine, dans les tableaux de Claude Lorrain. Le certain, c'est qu'il s'agit d'une beauté nouvelle, — nouvelle Rome, — une beauté de l'âme, une beauté de plein air et non de l'atelier, une beauté fdle de la solitude et de la pensée, à la fois un repos et une libération, le grand souffle à pleins poumons de Thomme, fils de la nature. Ni l'application des Carrache, pas même la grâce raphaë-

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