‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 337 sur 367 · LE PEINTRE DES INSTANTS DU JOUR · texte numérisé non relu

LE PEINTRE DES INSTANTS DU JOUR

portiques évoquant l'antiquité, ces flottes aux bâtiments serrés les uns contre les autres. Est-ce sur le Tibre? Impossible! Est-ce à Naples, à Palerme? Rien de plus douteux. Et alors, quoi? Marseille? On ne sait rien de l'emploi que ce piéton a fait de son temps. Il voyageait. Dans un de ses plus beaux tableaux, Procession du Temple d'Apollon à Délos, observons que le temple d'Apollon, au premier plan, est un édifice à coupole surélevée, selon les lois du « verticalisme » français. Où le peintre a-t-il vu cela? assurément ni en Italie ni en Grèce. Est-ce le goût français qui dirige sa main? Maurice Barrés était enthousiaste de ce « Lorrain ». Quel est donc le « Romain » qui a reproduit, d'après Rome, ce que ce Français y a trouvé, dessiné, illuminé? Ses seuls spectacles réels, ce sont les jeux de la lumière. On l'appelait le peintre des instants du jour? Comment quitter des yeux l'une de ses pages : Port au soleil couchant? Elle révèle la passion secrète de ce génie unique qui ne voulut voir de toutes les choses créées que la beauté et la splendeur telles qu'elles se transforment et s'impriment au fond de l'âme.

Et nous voilà aux Le Nain! Rien de plus «Louis XIII »; Louis XIV n'eût pas toléré ces « magots ». Mais Louis XIII, le fils de Henri IV, ce Louis XIII, grand chasseur devant l'Éternel; ce Louis XIII à la vie encore drue et agreste qui se laisse prendre par des fauconniers, pour qui Versailles n'est qu'un rendez-vous de chasse.

On dit des peintures des Le Nain que ce ne sont que des bamboches à la flamande. Absurde! Les hommes qu'ils ont peints, sont des hommes vivants et mourants. Nos trois frères les ont vus et dessinés parce qu'ils existaient. De ces trois frères, il en est un au moins, le plus jeune, Mathieu, qui a été chevalier, peintre du Roi, admis dans l'entourage intime de l'élégant Cinq-Mars, favori du Roi. Il peignait les paysans mais il peignait aussi les cavaliers, les dames de la Cour (on en voit qui posent dans son atelier) peut-être même cette capricieuse Ninon de Lenclos, celle qui lui fait la nique dans l'un de ses portraits. Et s'il en est ainsi, pourquoi les trois frères se sont-ils obstinés à peindre des rustiques, des malotrus, ces lourds manants au teint bistre, aux joues non rasées, aux souliers boueux, éculés. Attention! Les paysans qu'ils nous montrent, on ne leur enlèvera pas ce caractère d'être des paysans français. Si

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