PEINTRES RÉALISTES
vous les observez dans leurs gestes d'êtreç laborieux et grattant la terre, vous les trouverez tels; mais aux heures de réjouissance, aux jours de repos, aux baptêmes, aux réunions de famille, vous les voyez endimanchés et ce sont les mômes. Jeunes filles et femmes (qui paraissent bien de la famille des peintres) avec des robes ajustées, des bonnets tuyautés, des nattes serrées, ce sont des paysannes aussi, mais des Françaises, telles que nous en connaissons encore qui, dans la semaine, aident les hommes à la moibson ou coupent de l'herbe pour leurs lapins, et qui le dimanche, vont à la messe bien afistolées.
Quant aux hommes, considérons-les bien : ce sont des hommes et non des muguets. Dans leur pays de Laon, on les connaît bien : ce sont des poilus de Rocroi, dont les fils seront les poilus de Verdun.
Nos trois peintres, gens de la frontière, ont vécu dans les champs, ils savent ce qu'est la terre de France quand elle se bat, quand elle offre sa tranchée à ceux qui se battent. Ce n'est pas un jardin de Paris, la Thiérache! Elle n'est ni alignée au cordeau ni peignée au râteau. Boueuse, fertile, féconde, elle est la rude mère et nourrice avec sa mamelle noire.
Telle est la France. Les trois frères le savaient. Ils ont pris leurs personnages autour d'eux et ont disposé leurs maréchaux ferrants autour de la forge de Vulcain, beaux comme l'antique. Car c'est l'Olympe, leur village! Et leur puits, c'est « le puits de Moïse! »
Après avoir ainsi déterminé l'attitude si nette de l'art français et de ses « indépendants » à l'égard de l'art romain et sans viser encore l'autorité bureaucratique de Colbert qui, l'enfermera, volens nolens, dans l'horizon académique, nous n'aurions plus maintenant qu'à nous retourner vers la peinture officielle naissante, qui ne fut pas d'ailleurs, négligée par Richelieu, et qui va tendre sur les murs et les plafonds des palais royaux, les grandes machines du Grand Siècle, la décoration des Lesueur, des Mignard, des Lebrun. Nos hommes étaient libérés de Rome comme les lettres l'étaient de l'italianisme; ils n'avaient pas qu'une seule corde à leur arc.