‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 359 sur 367 · PRESSENTIMENT DU ROI · texte numérisé non relu

PRESSENTIMENT DU ROI

historique, au milieu de cette vaste contrée civilisée, l'Europe, — l'Europe qui se créait. Richelieu possédait aufplus haut degré l'art de gouverner, de développer la nation, de faire rayonner son pays, d'établir sa maîtrise sur ses voisins.

Si Louis XIII ne regretta point Richelieu outre mesure, si, comme l'affirme le marquis de Montglat, il « fut ravi d'en être défait et ne le nia point à ses familiers », il ne le jugeait pas autrement que ne faisait Mazarin et il tenait à suivre ses conseils : // i?e, notait l'Italien en ses Carnets^ e piu risoluto che giamai alla guerra (1).

C'est depuis le 21 février que la santé du Roi déclinait. Son valet de chambre Du Bois observait à cette date : « Le Roi est tombé malade d'une longue et mortelle maladie, qui paraissoit comme flux hépatique, — les autres la nomment fièvre étique, — laquelle ensuite causa des abcès dans le corps, laquelle maladie donnoit toujours quelque espérance de guérison (2). » Cependant Louis XIII ne se leurrait point. Il dit à son médecin Bouvard le 19 avril : « Vous savez qu'il y a longtemps que j'ai mauvaise opinion de cette maladie ici et que je vous ai prié et même pressé de m'en dire votre sentiment. — II est vrai. Sire, répondit Bouvard embarrassé. — Je vois bien qu'il faut mourir, reprit le Roi : je ne m'en suis pas aperçu de ce matin, puisque j'ai demandé à M. de Meaux et à mon confesseur les sacrements, qu'ils m'ont diiïérés jusqu'à présent. »

Ce même jour, il fit ouvrir les fenêtres de sa chambre du château neuf de Saint-Germain. Apercevant au loin la basilique de Saint- Denis, il la montra en disant : « Voilà ma dernière maison, où je me prépare pour aller gaiement. » Le soir, il se fit lire, dans V Introduction à la Vie Décote, le chapitre Du Mépris de ce Monde et dans V Imitation de Jésus-Christ, « celui de la Méditation de la Mort ».

Après cette journée du 19 avril 1643, il ne quitta plus son lit. Sa mort prochaine l'incitait à penser de plus en plus à son fils, qui, âgé de moins de cinq ans, et ondoyé le jour de sa naissance,

(1) Mémoires du Marquis de Montglat, édition Petitot, tome I, pages 399-400.

(2) Voir Docteur Paul Guillon, La Mort de Louis XIII, pages 23-2'».

Page 1