‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 358 sur 367 · JUSTICE RENDUE A RICHELIEU · texte numérisé non relu

JUSTICE RENDUE A RICHELIEU

^es injures et ceux qui le blâment aujourd'hui connaîtront peut-être à l'avenir combien ^ conduite eût été nécessaire pour achever la félicité de cet État, dont il a jeté tous les fondements. Laissons donc évaporer en liberté la maUce des esprits ignorants et passionnés, puisque l'opposition ne serviroit qu'à l'irriter davantage et consolons-nous par le sentiment qu'ont de sa vertu les étrangers qui en jugent sans passion et avec lumière (1). » Et du fond de sa tombe, Richelieu, en son Testament politique^ s'adressait ainsi au Roi : « Sire, si mon ombre qui paraîtra dans ces Mémoires (2), peut, après ma mort, contribuer quelque chose au règlement de ce grand Etat au m.aniement duquel il vous a plu me donner plus de part que je n'en mérite, je m'estimerai extrêmement heureux... Dieu ayant béni mes intentions... j'estimai que les glorieux succès qui sont arrivés à votre Majesté m'obligeaient à lui faire son histoire, tant pour empêcher que beaucoup de circonstances, dignes de ne mourir jamais dans la mémoire des hommes, ne fussent ensevelies dans l'oubli... qu'afm que le passé servît de régie à l'avenir.,, pièce conçue en termes les plus courts et les plus nets qu'il me sera possible... tant pour suivre mon génie que pour m'accommoder à l'humeur de votre Majesté, qui a toujours aimé qu'on vînt au point en peu de mots et qui fait autant d'état de la substance des choses qu'elle appréhende les longs discours dont la plupart des hommes se servent pour les exprimer. »

Ce qui importe dans une carrière comme celle du cardinal, c'est la volonté d'agir et le dessein dans l'exécution et le résultat de l'action, en un mot l'art du gouvernement. C'est par cet art que l'ancienne Gaule est devenue la France, et cet art, la France l'a exercé durant des siècles dans une forme classique, la royauté. Mais la royauté, héritée de l'antiquité, n'était pas un gouvernement absolu, appuyé sur la conception de l'unité. Elle eut à compter, parmi des difficultés sans nombre, avec la seigneurie, qui, dans son ensemble, devint la féodalité. Pour apprécier le rôle d'un de ses chefs, il faut donc tenir compte de la tradition, de la race et de l'évolution

(1) Avenel, Lettres du Cardinal Mazarin, tome I, page 186.

(2) Le Testament politique fut publié pour la première fois en 1688.

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