‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 361 sur 367 · UNE LETTRE D'ANNE D'AUTRICHE · texte numérisé non relu

UNE LETTRE D'ANNE D'AUTRICHE

excepté M™^ de Lansac et deux femmes, et que je voulois qu'il n'eût plus que des hommes, et dis à Montigny (capitaine aux gardes françaises) : Si ces mauvaises humeurs durent à mon fils, vous changerez bientôt de garnison. Je disois cela pour faire connaître que je le pouvois bien ôter d'ici; mais je m'enquis à M. Bouvard, sans dire pourquoi, quel était le meilleur air ou Chantilly ou Versaillesr Deux fois vingt-quatre heures après ce discours, la bonne humeu. lui rcAânt. J'ai demandé à W^^ de Lansac si elle n'avoit point eu connaissance que quelque personne lui ait rien dit pour lui faire venir cette aversion; elle m'a dit n'avoir rien connu. Je crois que l'amitié qu'il me témoigne durera; mais au cas que cela changeât, j'en userois selon les bons avis que vous me donnez; je m'en suis trop bien trouvé jusqu'à cette heure pour en user autrement (1). »

Au printemps 1642, ce n'était pas Richelieu qui avait conseillé au Roi de séparer la Reine de ses enfants (2), que l'on devait envoyer à Fontainebleau. Louis XIII s'en souvenait, Anne d'Autriche avait même alors, remercié le cardinal d'avoir intercédé auprès du Roi. Le 30 avril, elle lui avait mandé de Saint-Germain tandis qu'il était malade à Narbonne : « La lettre que M. de Chavigny a écrite à M. de Brassac (3) par ordre du Roi, m'a encore bien fait connaître le juste sujet que j'ai eu de m' attrister de votre indisposition, puisque je vois que l'on s'en est servi pour me rendre le plus mauvais office près du Roi, que l'on me pouvoit faire. Me séparer de mes enfants dans la tendresse de leur âge m'a fait une douleur si grande que je n'ai pas assez de force pour y résister. Et comme l'état auquel je suis ne me permet pas de pouvoir de quelques jours partir d'ici et que je ne résisterois au contentement du Roi, au dépens même de ma propre vie, sitôt que je le pourrois, si je suis si peu heureuse qu'il demeure en cette volonté, j'ai estimé avant cela pouvoir être consolée de votre assistance en cette

(1) Comte de Beauchamp, Louis XIII d'après sa correspondance avec le Cardinal de Richelieu, page 380.

(2) Le Dauphin, né comme on l'a vu, le 5 septembre 1638; le duc d'Anjou, venu au monde, le 21 septembre 1641.

(3) Voir une lettre de M. de Brassac à Richelieu du 15 juin l(>'i2, Avenel, Lettres du Cardinal de Jiichelieu, tome VI, page 928, note.

LE BAPTÊME DU FUTUR LOUIS XIV in

occasion (1). Je me promets de l'amitié que j'ai reçue de vous en tous rencontres que vous ne me la dénierez en celui-ci, non plus que votre protection pour me garantir d'une affliction laquelle me seroit insupportable (2). »

Louis XIII mourant ne pouvait pas ne pas avoir présente à l'esprit la sollicitude que le défunt cardinal portait au Dauphin allant jusqu'à vouloir connaître les prières que l'enfant, qui savait à peine parler, disait le matin, le soir, avant et après les repas, s'inquiétant du peu de goût que le futur Louis XIV témoignait pour l'étude de l'A. B. C. En cette fm d'avril 1643, voulant que le nouveau ministre ne fût pas moins dévoué à l'enfant que l'ancien, le Roi résolut de le lui donner pour parrain.

Ce fut le 21 avril, dans la chapelle du château vieux de Saint- Germain, que le Dauphin fut tenu sur les fonts par le cardinal Mazarin. La marraine était la princesse de Condé. L'enfant avait revêtu une robe de taffetas d'argent, qu'il portait sur son habit ordinaire. Il arriva précédé de la Reine sa mère et suivi de M™^ de Lansac. En présence des seigneurs et des dames installés dans les tribunes et de la musique du Roi qui, dans le jubé, chanta un motet, l'évêque de Meaux fit les cérémonies. Puis le Dauphin, — qu'on venait de nommer », — fut conduit au château neuf : «Gomment vous appelezvous, à présent, lui dit Louis XIII? — Je m'appelle Louis XIV, mon Papa, répondit le Dauphin. — Pas encore, mon fils, reprit le Roi, pas encore, mais ce sera bientôt. » Et les yeux au ciel, il fit cette prière : « Seigneur, faites-lui la grâce de régner en paix après moi et en véritable chrétien; qu'il ait toujours devant les yeux le maintien de votre sainte religion et le soulagement de ses peuples (3). » Car le soin des intérêts de la religion le hanta jusqu'à la fin. Il exhorta, le lendemain, les maréchaux de La Force et de Châtillon à abjurer le protantisme. Il dit à La Force : « Je vous connais pour un des plus sages et des plus vaillants gentilshommes de mon Royaume : mais étant prêt, comme je suis, d'aller rendre compte à Dieu de toutes les actions de ma vie, je suis obligé de vous dire

(1) Elle lui avait déjà écrit à ce sujet en septembre 1640. Voir ci-dessus, page 56.

(2) Bibliothèque de la Sorbonne. Documents donnés par M. le Duc de Richelieu.

(3) Père. Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, page 62.

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