‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 362 sur 367 · LA MORT DE LOUIS XIII · texte numérisé non relu

LA MORT DE LOUIS XIII

que je crois qu'il ne vous a laissé parvenir à un si grand âge que pour vous donner le temps de penser à votre conversion et vous faire enfin reconnoître qu'il n'y a qu'une religion en laquelle on puisse être sauvé, qui est la catholique, apostolique et romaine, que je professe (1). » Discours émouvants qui ne réussirent à convaincre ni l'un ni l'autre maréchal.

Le 14 mai 1643, anniversaire de la mort de son père, après avoir réparé toutes les injustices qu'il avait cru avoir commises, après avoir facilité le mariage de son frère, après s'être préparé à la mort durant des semaines et s'être approché mainte fois des sacrements avec les sentiments de la dévotion la plus vive, il mourut de la tuberculose intestinale et pulmonaire qui le minait depuis des mois (2).

Il mourait, ainsi que l'a chanté Corneille, au lendemain d'une grande victoire de la France :

Illustre boulevard des frontières d'Espagne, Perpignan, la plus belle et dernière campagne, Tout mourant contre toi nous le voyons s'armer; Tout mourant, il te force et fait dire à l'envie Qu'un si grand conquérant n'eût jamais pu fermer Par un plus bel exploit une si belle vie (3).

Et bien peu avant de mourir, il avait eu une sorte de vision prophétique. Il savait que le duc d'Enghien allait s'opposer à don Francisco de Mello, qui menaçait Rocroi et se croyait sûr de ' prendre la place et de planter bientôt ses étendards jusqu'aux portes de Paris. Le 1^"^ mai, il avait cru assister à la victoire que le duc d'Enghien remporta le 19 et qui « anéantit pour des siècles la vigueur de l'infanterie d'Espagne (4) ». Dans sa chambre de Saint-Germain, le Roi avait réclamé ses pistolets et, croyant les saisir, il avait mis la main sur l'éventail que tenait la Reine, assise à son chevet : « Ne voyez-vous pas, disait-il, M. le Duc d'Enghien qui donne une grande bataille aux Espagnols, qui ont assiégé une

(1) Pére Grillel, Histoire du Règne de Louis XIII, page 612.

(2) C'est l'avis du docteur Paul Guillon dans La Mort de Louis XIII, pages 131-132.

(3) Les Triomphes de Louis le Juste.

('•) Mémoires du Cardinal de Retz, tome II, page 231.

LE ROI ET SON MINISTRE us

place? Seigneur, comme il les mène! Ils sont défaits, ils sont tous morts ou prisonniers, fors quelques fuyards. Oh! que j'ai bien fait de lui confier mon armée, car c'est de mon pur choix, on quoi j'ai été assez contrarié (1)! » Hallucination d'un mourant!

Ce dont Louis XIII pouvait se glorifier au moment de paraître devant celui qui juge les rois, c'était d'avoir, dix-huit années durant, malgré toutes les intrigues, toutes les conjurations, en dépit de toutes les rancœurs, maintenu à son côté celui qu'il considérait comme le plus grand serviteur que la France eût jamais eu. Avec l'impérieux cardinal dont il avait su discerner le génie, il avait préparé la France puissante et glorieuse qu'il offrait à Louis XIV.

(1) Mémoires de Lenet, édition Michaud, page 432.

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