LA PRISE D'ARRAS ASSURÉE
du nôtre, est de faire passer un grand convoi par le moyen duquel la prise d'Arras soit assurée. » Le cardinal entrait dans les moindres détails, il ajoutait le 17 : « La nuit du mercredi au jeudi, M. de La Meilleraye doit sortir du camp avec trois mille cinq cents chevaux, ainsi que s'il voulait venir à Miraumont et cependant il tournera droit vers Vaux, sur le chemin de Péronne; en même temps nous ferons partir un faux convoi de Doullens, qui ira jusque sur la montagne; par ce moyen les ennemis ne penseront qu'à ce qui partira de Doullens et de Corbie (1). » Tant de soins ne pouvaient demeurer inutiles. Le 2 août 1640, Bouthillier reçut de Richelieu cette lettre aussi brève que triomphante : « Ce billet est pour vous dire que, par la grâce de Dieu, l'armée de M. du Halher, composée de dix-neuf mille hommes effectifs, est arrivée au camp avec quinze cents chariots de vivres et de munitions. Elle a passé à la barbe des ennemis, qui n'ont osé entreprendre de l'attaquer. J'ose vous dire maintenant que je tiens la prise d'Arras assurée (2). «
Le cardinal se hâtait trop de triompher. Il était vrai que l'armée de du Hallier avait pu faire sa jonction avec les troupes que La Meilleraye avait conduites à sa rencontre. C'est à Beaufort, à trois lieues des lignes françaises, que cette jonction s'était opérée. Aussitôt un courrier avait été dépêché au Roi, tandis que les deux armées se mettaient en marche vers le camp. « Le maréchal de La Meilleraye, dit la Gazette^ fit faire halte et grand déjeuner de campagne, où tous les chefs et les princes firent une rude charge, témoignant qu'ils avoient plus d'une faim, la principale néanmoins étant celle de combattre. Pour laquelle apaiser aussi en son lieu, voici un cavalier qui apporte avis à toute bride, de la part du maréchal de Châtillon, que les ennemis attaquoient nos lignes... A cette nouvelle notre armée vola plutôt qu'elle ne courut (3). »
Le combat finit avec le jour : les ennemis n'avaient pu empêcher le convoi d'arriver au camp. Aussi, dès le 8 août, le maréchal de Châtillon put mander à Richelieu : « Ceux d'Arras viennent de faire la chamade à la brèche de la mine de M. le Maréchal de La Meille-
(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, page 714.
(2) Ibidem, pages 716-717.
(3) Ibidem, note.