‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 45 sur 367 · RICHELIEU PÉNÈTRE LE DESSEIN DES ENNEMIS · texte numérisé non relu

RICHELIEU PÉNÈTRE LE DESSEIN DES ENNEMIS

Châtillon ne goûta point cette proposition : si les troupes espagnoles voyaient le camp dégarni, elles profiteraient de l'occasion pour introduire un secours dans la ville et si, après ce coup de main, elles réussissaient à rentrer dans leurs lignes sans avoir été attaquées, la prise d'Arras deviendrait impossible. La Meilleraye dit alors : « Monsieur, vous êtes d'un avis et moi d'un autre. On doit suivre la pluralité des voix : il faut faire opiner M. de Chaulnes et MM. les Maréchaux de camp. — Pour M. de Chaulnes, reprit Châtillon, je suis assuré qu'il sera de'votreavis et que tous ces Messieurs seront de même, parce qu'ils n'oseroient être d'un sentiment contraire à celui qui est en faveur. Mais pour moi je ne partirai point, je vous le répète, sans un ordre exprès du Roi. »

On résolut de demander l'avis du cardinal, qui était à Doullens. Fabert partit, monté sur un excellent coureur et ne tarda pas à apporter ce billet dont le style tranchant diffère quelque peu du style ordinaire de Richelieu: « Je ne suis point homme de guerre. Il est vrai que j'ai beaucoup lu, mais je n'y ai pas trouvé que l'on soit sorti des lignes pour combattre les ennemis, après avoir demeuré dix-huit jours entiers à les faire. Lorsque le Roi vous a donné à tous trois le commandement de ses armées, il vous a cru capables et il lui importe fort peu que vous sortiez ou que vous ne sortiez pas, mais vous répondrez de vos têtes, si vous ne prenez point la ville d'Arras (1). »

Bien qu'il eût déclaré qu'il n'était pas homme de guerre, Richelieu n'épargna point les conseils les jours suivants : « Il faudroit être aveugle, écrivit-il le 14 juillet pour ne voir pas que, si les ennemis eussent eu le dessein d'attaquer la circonvallation, ils l'eussent fait d'abord. Et maintenant ils n'y peuvent plus penser sans faire une extravagance incroyable, laquelle ne convient ni à l'humeur espagnole ni à l'état présent des Pays-Bas, qui seroient perdus, s'ils avoient perdu un combat général... Le dessein des ennemis ne peut être maintenant que de traverser les convois... donc le principal but que MM. les Généraux doivent avoir de leur côté et nous

(1) Voir Père Griiïet, pages 270-271. Avenel dit qu'il n'a trouvé nulle part le manuscrit de ce billet, que Puységur cite dans ses Mémoires (Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, pages 712-713).

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