COMMENTAIRES DU CARDINAL
Encore M. le Grand.
Parmi les gentilshommes qui se distinguèrent au siège d'Arras, il en était un dont Louis XIII et Richelieu, pour des raisons bien différentes, se montraient de plus en plus occupés, c'était Cinq-Mars. « M. le Cardinal, disent les Mémoires du vicomte de Fontrailles, voyant M. le Grand mieux établi qu'il ne l'eût désiré, se résolut d'attendre que cette afïection du Roi reçût quelque diminution d'elle-même. Sa Majesté étant à Amiens, M. le Grand qui désiroit avec une extrême passion de faire paraître son courage et qui étoit pleinement informé en quel état il étoit auprès de M. le Cardinal, se proposa de demander au Roi le commandement des troupes qui dévoient conduire les convois que l'on envoyoit à Arras. Sa Majesté le lui accorda dès les premières ouvertures, sans en donner part à Son Éminence, qui l'ayant su, la fut trouver à l'instant pour la faire changer. » Il était fort imprudent en effet de confier à l'inexpérience d'un jeune homme de vingt ans une entreprise d'où dépendait le succès du siège. Mais, continue Fontrailles, le ministre rencontra son maître « ferme et inébranlable, persistant à vouloir que son favori eût cet emploi, qui lui étoit extrêmement glorieux. Enfin M. le Cardinal, s'apercevant que le Roi ne se relâcheroit point, il s'adressa à M. le Grand, qui dans la crainte de n'être pas soutenu aima mieux se relâcher de lui-même que d'y être contraint par force, et ainsi il se désista de sa prétention, et pour satisfaire le Roi, le commandement des volontaires, des gendarmes et chevau-légers de la garde lui fut donné (1) ».
Après le combat du 2 août, Cinq-Mars put lire dans un récit officiel : « Le grand écuyer étant accouru des premiers à la tête des volontaires, eut un cheval tué sous lui, ensuite il se présenta pour donner avec l'infanterie à l'attaque du fort de Rantzau, mais les généraux n'y voulurent jamais consentir ni exposer son courage à un si grand péril (2). » Par malheur Cinq-Mars fut bientôt informé des commentaires oraux dont le cardinal assaisonnait la belle re-
(1) Relation du Vicomte de FontrniUes. ('■dition Michaud et Poujoulat, page 247.
(2) Père Griffet, Histoire du Cardinal de Rirhclieu, tome III, page 308.