‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 49 sur 367 · BROUILLARDS · texte numérisé non relu

BROUILLARDS

lation imprimée : si l'on en croyait Son Éminence, le héros de la charge avait fort goûté la décision par laquelle les généraux mettaient désormais sa précieuse personne à l'abri du danger. Il était, au moment de l'attaque du fort de Rantzau, à peine remis de la frayeur que lui avait causée la mort de son cheval. En un mot, son maintien à la guerre n'était point celui qu'il se vantait d'y avoir, quand il était à la Cour. Ces blessures d'amour-propre lui laissèrent « une si profonde plaie dans le cœur, qu'il n'en guérit jamais (1) ». Et une telle humiliation lui était, infligée, alors que Henri Arnauld, abbé de Saint-Nicolas, écrivait : « Il y a eu brouillerie entre le Roi et M. le Grand, qui a été mal reçu à son retour de ce que, pendant son voyage, il n'a point écrit à Sa Majesté (2).» Louis XIII et son favori avaient cependant pris de fortes résolutions quelques mois plus tôt, comme le prouve ce ridicule certificat : « Aujourd'hui, neuvième mai 1640, le Roi étant à Soissons, Sa Majesté a eu agréable de promettre à M. le Grand que, de toute cette campagne, elle n'aura aucune colère contre lui, et que, s'il arrivoit que ledit Sieur le Grand lui en donnât quelque léger sujet, la plainte en sera faite par Sa Majesté à M. le Cardinal sans aigreur, afin que, par l'avis de Son Éminence, ledit Sieur le Grand se corrige de tout ce qui pourroit déplaire au Roi et qu'ainsi toutes ses créatures trouvent leur repos dans celui de Sa Majesté. Ce qui a été promis réciproquement par le Roi et M. le Grand en présence de Son Éminence. Louis. » Et en marge : « Effiat de Cinq-Mars (3). »

Bien que Louis XIII, poussé peut-être par son favori, eût « témoigné vers le 13 août, de très mauvaises humeurs contre le cardinal », celui-ci demeurait toujours le confident des joies et des mélancolies de son maître, qui lui écrivit le 6 septembre : « L'intelligence est très grande entre M. le Grand et moi; il y a eu quelques brouillards, mais ils sont maintenant dissipés (4). »

Le futur Louis XIV ne semblait point partager le goût de son père pour le favori. Louis XIII mandait à Richelieu le 7 septembre

(1) Relation du Vicomte de Fontrailles, édition Michaud et Poujoulat, page 247.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, page 718, note.

(3) Ibidem, pages 647 et 646.

(4) Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII au Cardinal de Richelieu.

tjC) cinq-mars et le dauphin

1640 : « Je suis arrivé aujourd'hui en ce lieu (Saint-Germain), où j'ai trouvé la Reine et mon fils en très bonne santé. Mon fils est extrêmement opiniâtre; je ne suis nullement résolu de lui soulTrir ces mauvaises humeurs. » C'était le grand écuyer qui était cause de tout le mal, ainsi que le baron de Brassac (1) l'expliquait, le 10 septembre au cardinal. Le Roi était entré dans la chambre de son fils. Cinq-Mars ayant voulu caresser ce Dauphin de deux ans, l'enfant s'était mis à crier. Louis XIII aussitôt avait paru « fort courroucé » et, rencontrant Anne d'Autriche, tandis qu'il regagnait sa chambre, il s'était arrêté et lui avait dit « avec un visage fort plein de passion » : « Mon fils ne peut souffrir ma vue; c'est une étrange nourriture (éducation) que la sienne, mais j'y mettrai ordre. » Atterrée, tremblant que le Roi ne lui enlevât le Dauphin, elle avait écrit à Richelieu, dont elle implorait les bons offices. Heureusement lorsque M. Legras, son secrétaire, envoya sa lettre à Chavigny le 13, il put dire au secrétaire d'État : « La Reine a été aucunement consolée, ce matin, par les caresses que M^'" le Dauphin a faites au Roi, l'ayant embrassé vingt fois, l'appelant papa et couru après lui pour lui embrasser les jambes, enfin la tristesse s'est changée en joie (2). »

Joie de courte durée pour Louis XIII. Le 11 octobre 1640, le Roi mandait au cardinal en post-scriptum d'une lettre consacrée aux affaires : « Je ne vous en parlerai pas davantage, seulement vous prierai-je de m'excuser, si elle n'est pas faite de trop bon sens, étant tout hors de moi depuis hier une heure après midi qu'il plut à M. le Grand me quereller et me faire la mine. Grâce à Dieu j'ai des témoins et (il) ne sauroit rien nier. S'il n'eût reçu la lettre de M. de Noyers qu'il a été obligé de m'apporter, il ne m'eût pas encore vu, ne l'ayant point fait depuis hier trois heures après midi qu'il a fait toujours bande à part, ce que je crois qu'il continuera encore. M. de Noyers sait si, avant-hier au soir, je ne lui témoignai pas toute la tendresse et l'amitié qu'il se peut. Tant plus on témoigne

(1) M. et M°® de Brassac étaient chargés d'avertir le Cardinal de tout ce qui concernait la Reine et le Dauphin. Le Roi était appelé Alexandre, le Dauphin VŒillet, Cinq-Mars, Scipion, le cardinal Marc-Antoine, la Reine Diane, M'^^ de Brassac Aminlc, M. de Brassac, Jasmin.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal Richelieu, tome VI, page 728, note.

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