‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 76 sur 367 · CHARLES IV A L'HOTEL D'ÉPERNON · texte numérisé non relu

CHARLES IV A L'HOTEL D'ÉPERNON

qu'il seroit contraint d'exercer, si ledit Duc venoit à manquer de foi, en leur faisant couper la tête... Ainsi que ces considérations ne permettent pas d'adhérer aux propositions faites par le sieur de Saint-Martin de la part du duc Charles, aussi la raison d'État ne veut-elle pas qu'on perde l'occasion de lui donner tout ce qui est nécessaire pour venir trouver le Roi, si bon lui semble, avec sûreté et conclure un traité, s'il a bonne intention... Faire moins que cela seroit perdre une occasion qui semble devoir réussir, faire plus seroit une témérité qui, en matière d'État, feroit commettre une faute irréparable (1). »

En cette fin de février 1641, le duc de Lorraine était à la veille de se mettre en route et le Roi, qui se trouvait à la Maison- Rouge, château situé sur la rive gauche de la Seine, en aval de Melun, écrivait à Richelieu : « Mandez-moi quand il sera temps que je retourne pour recevoir M. de Lorraine, et le lieu où j'irai, soit à Paris ou à Saint-Germain (2). »

Le duc de Lorraine, qui ne croyait plus à la victoire de l'Empereur et que la morgue espagnole avait lassé, était d'autant plus désireux de se réconcilier avec le Roi, que sa seconde femme avait grande hâte de jouir des prérogatives de la souveraineté. Cette seconde femme était Béatrice de Cusance, princesse de Cantecroix, qu'il avait épousée, au scandale de ses peuples, bien que la première fût toujours vivante. A deux lieues de Paris, le 7 mars, il rencontra son cousin Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, que Louis XIII avait envoyé au-devant de lui. Le cortège entra bientôt dans la capitale et le duc de Lorraine fut conduit à l'hôtel d'Épernon, rue Plâtrière, non loin de Saint-Eustache, car il ne voulait point descendre à l'hôtel de Lorraine, qu'habitait la duchesse Nicole.

Charles IV dut bientôt donner audience à Chavigny, que le cardinal avait muni d'instructions fort précises. Le secrétaire d'État avait ordre de dire au prince : « Je veux savoir de vous ce que vous estimez raisonnable après tout ce qui s'est passé. M. le Cardinal vous tient si équitable, qu'il s'assure que vous vous condamnerez

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, pages 747-748.

(2) Affaires étrangères, Lettres de Louis XIII au cardinal de Richelieu.

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