‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 75 sur 367 · LE REFUS DE CHARLES IV · texte numérisé non relu

LE REFUS DE CHARLES IV

de noblesse, grandes villes opulentes, évêchés et grands bénéfices et lesdits pays conservés de toutes parts et protégés par les États du Roi... ce qui est le plus grand avantage que le Duc pût jamais désirer (1). » Charles IV estimait sans doute que l'avantage était, — si on peut dire, — à double tranchant, car il refusa l'offre du cardinal et déclara fièrement « qu'il entendoit rentrer dans ses États de Lorraine et pays de Barrois, ainsi qu'ils étaient à la mort de son père ». Rien n'avait pu le décider, pas même l'offre d'avoir la conduite d'une armée du Roi. Mais Richelieu n'avait pas renoncé à négocier avec lui. Le 23 novembre 1639, il avait rédigé cette instruction pour le lieutenant au gouvernement de Brisach, Paul Le Prévost, baron d'Oysonville, à qui le duc de Bavière venait d'écrire une lettre où il se montrait désireux de « se remettre bien avec Sa Majesté » : « Si le député dudit Sieur Duc désire savoir comme quoi on pourroit, dans une paix, traiter le duc Charles, ledit sieur d'Oysonville lui dira qu'il n'en sait pas le particulier, mais qu'il croit que le Roi a assez de bonté pour se relâcher grandement au revenu des États que possédoit le duc Charles en lui ôtant tout moyen de mal faire, selon sa coutume, en se réservant les places fortes desdits États (2). »

Le cardinal était bien résolu de les réserver toutes au Roi, sans en excepter une seule. Il avait écrit à Louis XIII le 17 janvier 1641 : « Le duc Charles changeant tous les jours de pensées et de paroles, il n'y a point d'apparence de lui mettre une place entre les mains, dont il pourra abuser ou sur quelque explication imaginaire ou par le manquement ordinaire de sa foi, qu'il n'a point gardée en aucun traité qu'il ait fait avec le Roi. Au reste ledit Duc avoit jusques ici demandé au Roi toutes conditions déraisonnables pour se remettre en son devoir; il est hors de doute qu'étant fortifié d'une place, il en demanderoit encore de moins recevables. De dire que le dépôt de ses colonels (en quahté d'otages) soit une sûreté, c'est chose ridicule, tant parce qu'ils sont de nulle considération au respect de la place que parce que le Roi veut éviter la rigueur

(1) Comte d'Haussonville, Histoire de la Réunion de la Lorraine à la France, tome III , pages 82-83.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Riclielieu, tome VI, page 62r>.

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