LES SERMENTS DU ROI ET DU DUC
se relâchait point de sa rigueur en ce qui regardait le traité.
Le traité n'en fut pas moins signé à la fin- du mois. Le Duc recouvrait ses duchés de Lorraine et de Bar. Pour le second, il faisait hommage tant en son nom qu'en celui de la duchesse Nicole. Louis XIII s'engageait à évacuer la Lorraine le plus tôt possible, mais il gardait les places de Clermont, Stenay, Jametz et Dun. Les fortifications de Marsal seraient rasées, Nancy continuerait d'être occupée par les troupes du Roi et ses murailles seraient démolies (1). La clause concernant les droits de la duchesse Nicole ne fit aucun plaisir à Charles IV; le traité n'en fit pas davantage à la duchesse elle-même, qui eût été heureuse de voir le Roi se déclarer pour elle contre sa rivale. Mais le cardinal avait mandé à Chavigny : « Il est à propos que vous voyiez M°^^ de Lorraine (la duchesse Nicole) pour lui dire ce qui s'est passé, particulièrement en ce qui touche ses intérêts. Vous lui ferez connaître comme il lui est avantageux que son procès soit remis au jugement du Pape purement et simplement (2). » Et Richelieu ajoutait le 6 avril : « Je m'étois bien douté que M"^^ de Lorraine avaleroit avec amertume la pilule du traité (3). »
Le 20, Charles IV entendit la messe dans la chapelle du château de Saint-Germain. Au dîner qui suivit, on le fit asseoir, en signe de vassalité, sur un pliant que recouvrait un carreau de velours et que deux places vides séparaient de la chaise du Roi. Puis en présence de tous les princes de la maison de Lorraine que l'on avait pu rassembler, la cérémonie du serment se déroula. Les vêpres furent chantées dans la chapelle et ce fut M. de Péréfixe, chapelain du Roi, qui officia. Le Roi et le Duc allèrent s'agenouiller au pied de l'autel, côte à côte, l'un sur son accoudoir, l'autre sur un carreau de velours. Ils baisèrent le livre des Évangiles, que leur présenta M. Séguier, évêque de Meaux, aumônier de Sa Majesté, et ils jurèrent d'observer inviolablement le traité. On pouvait prévoir que le Duc ne l'observerait pas plus que la foi qu'il avait jurée à la duchesse Nicole. Après la cérémonie, il alla voir à Paris l'épouse
(1) Voir Pfister, Histoire de Nancy, page 110.
(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, pages 765-766.
(3) Ibidem, page 770.