‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 79 sur 367 · PREMIERS MANQUEMENTS · texte numérisé non relu

PREMIERS MANQUEMENTS

délaissée, qui, traitée par lui de Madame, lui dit en pleurant : « Ne suis-je donc pas votre femme? » et ne put tirer de son volage époux qu'un Ma Cousine des plus froids (1). Lorsque, huit jours plus tard, il eut regagné ses États, ses peuples, qui se portaient sur son passage avec des transports de joie, criaient : « Dieu conserve et bénisse Monseigneur le Duc, ses deux femmes et sa fille! (2) »

Cependant le cardinal lui écrivait le 17 juin 1641 : « Monsieur, j'envoie ce gentilhomme, l'un de mes domestiques, pour voir si je suis bonne caution à moi-même de ce que je me promets de Votre Altesse depuis le voyage qu'elle a fait cet hiver à la Cour. Elle m'a tant assuré que j'aurois à l'avenir toute part à sa conduite et que deux lignes du cardinal de Richelieu lui feroient faire tout ce qu'il lui témoigneroit désirer d'elle. Je ne doute point que vous ferez de bonne grâce, et pour l'amour de moi, ce que demande de vous Sa Majesté... Votre parole, votre seing et votre honneur vous y obligent... j'espère que vous le ferez pour l'amour de moi, puisque je vous en prie (3). »

Le cardinal n'ignorait pas alors que le duc de Lorraine devait se rencontrer à Luxembourg avec le duc de Guise. C'était cet Henry de Lorraine qui, jouissant des revenus de l'archevêché de Reims, sans avoir reçu les ordres sacrés et proposant au cardinal de résigner tous ses bénéfices à condition d'épouser Anne de Gonzague, avait essuyé cette ironique réponse : « Quoi! vous jouissez de quatre cent mille livres de rente en bénéfices et vous renoncez pour une femme à un morceau si friand. Je vous admire. D'autres sacrifieraient quatre cent mille femmes, s'ils les avoient, pour ce que vous prétendez quitter. » Le duc de Guise avait gagné Sedan et il avait partie liée avec le comte de Soissons. Or le comte de Soissons était à la veille de se révolter.

(1) Voir F. des Roberts, Campagnes de Charles IV duc de Lorraine et de Bar, tome II, pages 321-322.

(2) Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, page 319.

(3) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VIII, page 370.

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