‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 89 sur 367 · L'ORAISON FUNÈBRE DE MONSIEUR LE COMTE · texte numérisé non relu

L'ORAISON FUNÈBRE DE MONSIEUR LE COMTE

au château de Dangu près de Gisors, écrivit au cardinal : « Je vois, par ce que vous me mandez, que le siège d'Aire (sur la Lys) commence très bien, j'espère que nous en aurons bonne issue avec l'aide du bon Dieu. Je partirai lundi d'ici pour aller coucher à Gournay, mardi à Aumale et mercredi à Abbeville (1). »

L duc de Bouillon.

Deux mois ne s'étaient pas écoulés que Richelieu, depuis quelques jours à Reims, envoyait ces nouvelles à Condé, toujours sur la frontière d'Espagne : « M. de Châtillon a perdu une bataille, Monsieur le Comte est mort, nous en avons gagné une autre en Allemagne, beaucoup plus importante. Le siège d'Aire va bien. Quand il sera fmi, nous délogerons, avec l'aide de Dieu, les mauvais Français et les Espagnols du bord de la Meuse, où ils sont (2). » La bataille perdue par M. de Châtillon, c'était la bataille de La Marfée, gagnée par le comte de Soissons, le 6 juillet 1641, près de Sedan, victoire inutile, le vainqueur ayant eu l'imprudence de soulever la visière de son casque avec le bout d'un pistolet chargé, dont le coup partit et lui cassa la tête (3).

Le cardinal ne pleura point cet ennemi de l'Etat. Il écrivit à M. d'Avaux : « Si M. de Châtillon a perdu une bataille par sa pure faute, la France a beaucoup gagné en la perte de Monsieur le Comte (4). » Le 26 juillet, tandis que Richelieu faisait ainsi l'oraison funèbre du prince rebelle, la ville d'Aire ouvrait ses portes au maréchal de La Meilleraye. Cependant le duc de Bouillon ne cherchait guère à profiter de la victoire de La Marfée. Puységur s'étant rendu à Sedan pour négocier un échange de prisonniers, le duc se montra disposé à se réconcilier avec le Roi. Le paiement de trois années d'arrérages, dus pour l'entretien de la garnison de sa principauté, un emploi dans l'armée du Roi, des bénéfices pour

(1) Comte de Beauchanip, Louis XIII d'après sa correspondance ai'ec le Cardinal de Richelieu, page 496.

(2) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu. (:>) Mémoires du Duc de Bouillon.

(4) Avenel, Lettres du Cardinal de Richelieu, tome VIII, page 375.

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