‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 9 sur 367 · ÏZ MÉCONTENTEMENT DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

ÏZ MÉCONTENTEMENT DE RICHELIEU

point son mécontentement au vaincu : « J'ai différé longtemps à ouïr le sieur de Rogles (qui était auprès de Condé le 2 novembre), parce que j'estimois que c'était chose inutile ensuite de ce qui s'est passé, et que sa relation ne feroit que renouveler ma douleur. Mais Madame votre femme m'ayant fait connaître qu'il importait pour votre satisfaction que je l'écoutasse, je l'ai fait et appris par lui beaucoup de malheurs. Je n'accuse la conduite de personne, mais, en vérité, les affaires de la guerre requièrent une grande diligence, et donner le temps aux ennemis, c'est leur donner le moyen de venir à leurs fins (1). »

Monsieur le Prince crut prudent de se justifier auprès de Ghavigny : « J'espérois, lui écrit-il le 27 novembre, de recevoir des remerciements de mes soins et de la consolation de mon déplaisir et non pas de me voir chargé des plus noires calomnies dont on ait jamais usé envers personne... Je pensois aussi que l'on me sauroit gré de Leucate, que j'ai conservée à la France. Dieu soit loué de tout! Je ne me puis tenir de vous dire qu'encore que les orages m'aient empêché de secourir Salces, je croyois être parfaitement bien en l'esprit de M. le Cardinal, j'ai eu prospérité cinq mois en toutes choses, j'ai pris Salces en cinq semaines et ai été en personne à l'assaut. Cette même place tient depuis trois mois et a défait une armée de trente mille hommes, qui devroit être en Italie. Il me reste de mes conquêtes Opoul et Tautavel. J'ai été par tous périls, j'ai exposé ma personne à tout, mes troupes, les plus belles de France ont bien servi, le régiment de mon fils est dans Salces, j'ai fait deux armées pour la secourir, eh! bien cela n'a pas réussi, méritai-je disgrâce ou louange? Obhgez-moi de dire ceci à M. le Cardinal ou à Monsieur votre père (2). »

Ce que Monsieur le Prince appelait avoir conservé Leucate à la France, c'était d'en avoir ôté le gouverneur Henri de Barri, sieur de Saint-Aunnez. Ce gouverneur était le fils de M. de Barri, défenseur héroïque de Leucate l'année précédente, un fils extravagant et fort dangereux, dont l'état mental se ressentait d'une

(1) Avenel, Lettres du Cardinal de Rirhelicti, tome VI, page 627.

(2) Ibidem, page 629 note.

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