‹ Histoire du Cardinal de Richelieu (volume 5)Chapitre 8 sur 367 · SA DÉROUTE · texte numérisé non relu

SA DÉROUTE

la première de ces bourgades au pied des montagnes, la seconde non loin de la mer. Il voyait avec dépit ses miliciens regagner leurs villages la conscience en paix, persuadés qu'ils ne devaient pas plus long service : « L'infanterie s'en va, écrivait-il à Condé le 8 août, et de la cavalerie les chevaux dépérissent à la grande joie de cette canaille. » Sous la chaleur accablante de l'été, la fièvre le minait ainsi que MM. d'Arpajon et d'Espenan. L'infanterie s'en allait, mais une puissante armée ennemie arrivait. Laissant Espenan à Salces, dont il grossissait la garnison de trois régiments, le maréchal réussit, après maintes escarmouches, à atteindre Sigean sur la route de Narbonne. Derrière lui, le cercle des ennemis se ferma, le 20 septembre, autour de Salces (1). Condé résolut de débloquer la place. Il rassembla dix-huit mille hommes et quatre mille chevaux : on ne voyait que gentilshommes accourant avec des recrues; l'archevêque de Narbonne, les évêques d'Albi, de Mende, de Montpellier, de Nîmes et de Viviers s'empressaient à la tête des contingents de leurs diocèses : « Vos lettres, mandait le cardinal à Monsieur le Prince le 6 octobre, m'ont extrêmement réjoui en représentant le bon état du siège de Salces et la confiance que vous avez que les ennemis seront défaits ou réduits à s'enfuir (2).» Mais le 2 novembre, ni les efforts de Condé, ni la bravoure du duc de Saint-Simon, « chargeant audacieusement avec vingt-cinq maîtres », ne réussirent à chasser l'armée espagnole qui assiégeait Salces sous les ordre du marquis Spinola, fils du fameux preneur de villes. Six jours plus tard, avant même de connaître la nouvelle déroute de Monsieur le Prince, Louis XIII était fort pessimiste. Il mandait à Richelieu : « Je vous envoie les lettres de Salces que vous m'avez envoyées par Minard; je suis toujours dans mon ancienne opinion qui est que j'ai bien peur que cette affaire ne réussisse pas à notre contentement. Tant plus je vas en avant et tant plus je m'y confirme. Je vois le déchet des troupes et la froideur avec laquelle écrit Monsieur le Prince (3). » Lorsque la nouvelle de la défaite fut arrivée à la Cour, le cardinal ne cacha

(1) Voir Duc d'Aumale, Histoire des Princes de Condé, tome III, pages 408-409.

(2) Avenel, lettres du Cardinal de Richelieu, tome VI, pages 572-573.

(3) Bibliothèque Victor Cousin.

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