LE PARDON DU ROI
son maître. Si le roi d'Espagne en avait un pareil, ses affaires seroient bien en meilleur état qu'elles ne sont. » Et comme Cinq-Mars insistait : « Si le Roi a dessein de se défaire de M. le Cardinal, repartit M. de Bouillon, vous devez l'en détourner vous-même, si vous le pouvez : le Roi ne sauroit trouver un meilleur homme que lui pour le gouvernement des affaires (1). »
Un si beau loyalisme montre combien le duc de Bouillon craignait de compromettre les avantages d'un accommodement qui n'était pas encore signé. Cet accommodement comportait deux actes, dont l'un fut signé du Roi le 3 août et l'autre du cardinal le 5. Dans le premier, était contenu le pardon accordé; les conditions étaient énumérées dans le second. Il y était notamment spécifié que le Roi ferait cesser les poursuites commencées au Parlement contre Monsieur le Comte et qu'il donnait la permission d'inhumer en France les restes du défunt. Tous les complices du duc de Bouillon et du comte de Soissons recevraient leur pardon et seraient rétablis dans leurs biens à l'exception du duc de Guise et du baron du Bec. La protection accordée à M. de Bouillon en 1616 serait renouvelée, le rang de ce prince maintenu, les privilèges de Sedan et de la vicomte de Turenne en Limousin conservés. Le souverain de Sedan signa les deux actes le 6 août 1641. Depuis le 2, les lettres d'abolition étaient enregistrées au Parlement. Celles qui renouvelaient la protection de Sedan le furent le 26 : elles octroyaient une pension de dix mille livres à M. de Bouillon, une de deux mille à son fils, une de douze cents au gouverneur de Sedan, trente-six mille livres annuelles pour l'entretien d'une troupe d'infanterie et d'un corps de cent hommes d'armes. En retour, les troupes prêteraient serment de fidélité au Roi; les enfants du duc aussi, faute de quoi leur père leur refuserait l'entrée de la ville (2).
Cependant Louis XIII n'avait pardonné que des lèvres à la mémoire du comte de Soissons et Richelieu écrivait à Bouthillier, non sans ironie : « Sa Majesté a trouvé mauvaise la promptitude avec laquelle Madame la Princesse et toute sa famille s'est couverte
(1) Mémoires de Puységur, tome I, pages 289-290.
(2) Voir Père Griffet, Histoire du Règne de Louis XIII, tome III, pages 372-373.