LUÇON REMPLACE MANGOT
Cependant, à la cour, Nevers trouvait un secours inattendu. Le garde des sceaux, Du Vair, était resté, au fond, l’ami des princes. Il supportait mal le reproche que lui faisaient ses amis et surtout les parlementaires d’être, au pouvoir, le prisonnier et l’instrument des favoris et des ministres.
Cette longue barbe crut bien choisir son moment en faisant un éclat sur l'affaire de Nevers. En plein conseil, Du Vair dit à Barbin « qu'il se trompoit s’il pensoit le rendre ministre de ses conseils violens ». Barbin ne répondit rien sur l'heure; mais, le lendemain, le garde des sceaux fut congédié. Il prit, d’ailleurs, la chose en philosophe et en honnète homme. En remettant les sceaux à la reine, il lui adressa un discours du genre stoïque, où il disait, un peu longuemeut, des choses excellentes et qui furent généralement approuvées. On nomma à sa place Mangot, qui laissait ainsi vacante la place de secrétaire d'État, où il avait d’ailleurs paru insuffisant.
C'était le moment de payer les services, déjà nombreux, rendus par l’évèque de Luçon. On ne pensa à nul autre. Laissons-le s’expliquer lui-même sur cet événement : « Peu de jours auparavant, javois été nommé pour aller en Espagne ambassadeur extraor-
DILLY (p. 214), et surtout la correspondance manuscrite, inédite jusqu'ici, de Louis XII, de Marie de Médicis, du duc de Nevers et de l'évêque de Luçon pendant cette période, conservée à la BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, Cabinet des Mss. (f. fr. vol. 3797, f°S 45 et suiv.). En vue de cetté négociation , Richelieu écrivit de sa main un court canevas des principales raisons à développer devant Nevers et, après sa première entrevue, un exposé des plaintes du duc de Nevers. À ce moment, il croyait encore que Nevers se rangerait à son devoir; mais le 23 décembre, il ne conservait plus d'illusions et il écrit à M. de Tresnel, d’un ton où on sent l'homme maître du pouvoir. « Véritablement Leurs Majestés désirent avec passion que mondit sieur de Nevers se reconnaisse et leur donne sujet de n'employer point leurs forces contre lui. Mais s’il ne le fait, ils sont obligés, par raison d'État, de le mettre à la raison. » On remarquera que, dans cette négociation, Richelieu, flattant la manie du duc de Nevers, parle beaucoup du projet de croisade, délivrance du Saint-Sépulcre, voyage de Hongrie, entreprise dans laquelle le duc de Nevers, poussé par le père Joseph, mêle ses aspirations pieuses et ses ambitions ter restres. Dans ses Mémoires, Richelieu s'explique durement sur cette chimère : « Biex que celte entreprise fût mal fondée et sans apparence à ceux qui éloient tant soit peu versés en la connaissance des affaires du Levant. » etc. Voir toute la page (t. I, p. 116). — Rapprocher Mémoire sur une tentative d'insurrection organisée dans le Magne de 1612 à 1619, au nom du duc de Nevers, lu à l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, le 9 juillet 1841, par M. BErGErR DE Xivray. (Bibl. de l'École des Chartes, juillet-août 1841.)