‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 105 sur 479 · RAPIDE CARRIÈRE DE LUGÇON · texte numérisé non relu

RAPIDE CARRIÈRE DE LUGÇON

dinaire pour terminer plusieurs affaires... Par mon inclination, je désirois plutôt la continuation de cet emploi, qui n'étoit que pour un temps, que celui-ci, la fonction duquel étoit ordinaire. Mais outre qu'ilne m'étoit pas honnêtement permis de délibérer en cette occasion où la volonté d’une puissance supérieure me paroissoit absolue, j'avoue qu'il y a peu de jeunes gens qui puissent refuser l'éclat d’une charge qui promet faveur et emploi tout ensemble. J'acceptai donc ce qui me fut proposé en ce sujet par le maréchal d’Ancre, de la part de la reine, et ce d'autant plus volontiers que le sieur Barbin, qui étoit mon ami particulier, me sollicitoit et m’y poussoit extraordinairement (1). »

Ceci se passait à la fin de novembre 1616 (2). Il y avait dix-huit mois que Luçon avait prononcé son discours aux États généraux, huit mois qu'il avait quitté son prieuré de Coussay pour venir s'installer à Paris. En ce court laps de temps, 1l était devenu successivement aumônier de la reine régnante, conseiller d’État (3), secrétaire des commandements de la reine mère (4) ; il avait été chargé de plusieurs missions importantes, s'était fait attribuer une pension de six mille livres, chiffre considérable pour l’époque (5); avait

(1) Mémoires (t. TI, p. 131).

(2) La commission est du 30 novembre. Elle est publiée dans le Recueil d’AuBery (édit. de 1660, in-f°, p. 6), d’après les Mss. de Dupuy, vol. 92. Cependant ARNAULD D’ANpiLLY dit que Mangot et Lucon prêtèrent serment le 26 novembre, et que Lucon prêta de nouveau serment le 2 décembre (Journal, p. 242).

(3) Je n'ai pas pu déterminer, jusqu'ici, à quelle date il recut le brevet de conseiller d'État. On doit supposer que c’est au même moment où il fut nommé aumônier de la reine régnante. Ce fut, en effet, avant la disgrâce de Sillery, si nous en croyons ce renseignement donné par AuBErY : « Il fut fait conseiller d’État et, la première fois qu'il fut prendre séance au conseil et possession de cette charge, le chancelier de Sillery le recut et le traita avec beaucoup plus de civilité et d'honneur qu'il n'avoit coutume de faire aux autres, Ce qui, ayant surpris quelques-uns de Messieurs du Conseil, il ne leur céla pas la bonne opinion qu'il avoit d’abord conçue de ce nouveau conseiller d'État... Il fut bientôt après destiné ambassadeur extraordinaire en Espagne. » Histoire du cardinal-duc de Richelieu, édit. de 1760, in-f° (p. 10). — Il convient d'ajouter, pour ne rien oublier, qu’en sa qualité de conseiller d'État, l'évêque de Luçon touchait une pension de 2.000 livres. (Voir le texte de la commission de secrétaire d’État publiée dans le Recueil d'AuBERY (loc. cüt.).

(4) On ne sait pas non plus à partir de quelle date il remplit ces fonctions. C’est, en tout cas, avant septembre 1616, probablement en juillet, peu après la rentrée de la reine mère à Paris. Correspondance (t. I, p. 177, note). |

(5) Voir le brevet de la pension « en considération des bons et recommandables ser-

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été désigné comme ambassadeur en Espagne (1), et, sans même en avoir rempli les fonctions, devenait secrétaire d'État. Sauf le court intérim de Mangot, il succédait ainsi à ce « grand colosse froid comme marbre », à ce Villeroy qui, pendant si longtemps, avait été l’homme politique le plus autorisé de la cour de France. Il y avait là de quoi satisfaire et combler ses juvéniles ambitions; mais il y avait aussi de quoi surprendre tous ceux qui ne le connaissaient pas, de quoi: inquiéter ses protecteurs et lui-même sur les conséquences d’une si prompte et si audacieuse ascension.

Le souvenir des services rendus par son père avait préparé à l’évêque ses premières entrées à la cour. Son frère, le marquis de Richelieu , son beau-frère Pont-Courlay, étaient, depuis longtemps, admis dans l'intimité de la reine mère. Le marquis, séduisant, brave et généreux, ne se contentait plus de sa charge de mestre de camp du régiment de Piémont; il se croyait appelé, lui aussi, à un autre avenir : « se voyant en état de penser à des choses plus grandes », il vendit son emploi à Fontenay-Mareuil, qui nous donne lui-même ce détail (2).

Dans les relations de sa famille, Richelieu avait trouvé encore d’autres appuis sûrs, des protecteurs influents, notamment M®° de Guercheville, née Antoinette de Pons, sa parente éloignée, femme de haute vertu, dont l’amitié fournissait pour lui caution de bonne race et de bonnes mœurs (3). Il avait su se créer, de lui-même, des

vices qu'il a rendus ci-devant et qu'il continue chaque jour », daté du 29 août 1616, dans Correspondance (t. I, p. 189).

(1) « Il fut bientôt après destiné ambassadeur extraordinaire en Espagne, sur le sujet de la guerre d’Ilalie et des différends entre le duc de Savoie et le roi catholique... Cet emploi, lui eût été agréable dans le dessein qu’il a toujours eu de contribuer de tout son pouvoir à l’affoiblissement de la monarchie d'Espagne, émule depuis un siècle ou environ de celle de France; d'autant qu'il lui eût été facile, étant sur les lieux, de remarquer avec soin les défauts ou le foible de leur État, et de juger ainsi plus assurément de l'endroit où on le pouvoit attaquer avec succès. » (AUBERY, p. IL.) — AVENEL a | cité une minute, en date du 3 novembre 1616, ainsi libellée : « Minute d'ordonnance de 6.000 fr. pour l’entretènement de M. de Luçon : ce qu'il lui faut pour les frais du voyage qu’il va faire par commandement en Espagne, en qualité d'ambassadeur extraordinaire. » C'est la seule trace officielle que l’on ait rencontrée jusqu'ici de cette désignation (Corresp, Lx15;:p."189):

(2) Mémoires (p.111).

(3) Sur Mme de Guercheville, voir Recucil S (page 47), Mémoires de SAINT-SIMON, édit. Cheruel, in-12 (t. IX, p. 391); l'abbé Lacroix, Richelieu à Luçon (p. 202);

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