LUÇON ET LÉONORA
gues, ennemi juré de Richelieu, mais qui écrivait, en quelque sorte, sous les yeux de la reine mère, dit en 1631 : «Il a, en sa Jeunesse, aimé les voluptés qui lui ont fait faire des choses non seulement indignes de sa profession, mais tout à fait ridicules. On ne les publie point en cet écrit qui ne doit coter que les imperfections et les fautes préjudiciables à l'État (1). » Nous avons une lettre de l’évèque de Lucon à Léonora dont il est bien permis de remarquer le ton quand on pense qu’elle est adressée à une femme peu séduisante et cela au moment où l'évêque venait de perdre sa mère : « C’est savoir obliger vos serviteurs de les traiter selon leur appétit, comme vous m'avez fait cette fois: car, désirant sur toutes choses l'honneur de votre souvenir, vous m'en avez gratifié.. c’est une faveur d'autant plus grande qu'elle m’est départie par une belle dame, au milieu de mes infortunes lesquelles finiront quand il plaira à Dieu (2). » Pour ce genre de compliments, le moment est, tout au moins, bien mal choisi. Dans la Relation de la mort du maréchal d'Ancre, publiée par Dupuy et dont la valeur historique est indéniable, un passage précise encore le genre d'action, en quelque sorte physique, que l’évèque exerçait sur la nerveuse Italienne : « Léonora disoit qu’elle ne vouloit pas qu'on la regardât, disant qu'on lui faisait peur quand on la regardoit et qu’on la pouvoit ensorceler en la regardant... Sur la fin desa faveur, elle avoit même banni de sa chambre, pour ce sujet, MM. de Lucon et Feydeau (3). » Le regard percant de l'évêque remuait donc cette femme jusqu'à l’importunité.
Par la femme, Lucon touchait au mari. Sa correspondance avec l'Italien, pendant toute cette période de sa vie, donne l’idée de ce que l'ambition peut faire faire aux hommes fortement doués quand ils mettent leur énergie dans leur avilissement. Ce favori que Richelieu devait juger bientôt si sévèrement recoit de lui les lettres les plus plates. Ce ne sont que protestations, flatteries, serments d'éternelle gratitude : « Cette lettre est un titre authentique de la reconnaissance que je vous dois et de mon affection inviolable à votre service... Je ne prétends pas pouvoir jamais me décharger de
(1) Recueil de diverses pièces (p. 23).
(2) Correspond. (t. I, p. 183).
(3) A la suite de l'Histoire des Favoris (p. 84).