‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 109 sur 479 · L'ÉVÊQUE DE LUÇON MINISTRE · texte numérisé non relu

L'ÉVÊQUE DE LUÇON MINISTRE

Ai

ses fins. Il ne manquait guère à son autorité que ce fin, cet achevé qui accompagne l'expérience et qui récompense les grands services. Il y manquait autre chose, à quoi il est vraiment extraordinaire que cet homme si éveillé et si prudent n'ait pas songé : je veux dire l’adhésion du roi lui-même, de Louis XIE. Cette ambition hâtive, absorbée par le présent, ne sut pas deviner l'avenir, un avenir si proche! Lucon ne parait pas s'être préoccupé de savoir si ce prince de seize ans, que tout le monde négligeait, ne se réveillerait pas bientôt pour parler en maitre. La compagnie et la faveur des femmes lui avaient paru d'accès plus facile et de commerce plus agréable. Il s’en tint là. Son sourire, qui ne négligeait personne, négligea celui qui commandait à tous. Aussi, Louis XIII ne l’aimait pas. Ce prêtre à la fois anguleux et souple, ce scrutateur de conscience, cet homme froid, déplaisait à la nature timide et violente du roi. Richelieu allait bientôt se repentir de sa faute : son impatience du pouvoir devait payer, par huit années d'attente, l'erreur commise par elle en débutant.

En somme, sauf par le parti des vieux ministres, la nouvelle de l'avènement de Lucon fut, en général, bien accueillie (1). Ses adversaires eux-mêmes écrivent : « Plusieurs personnes le connaissaient d’un esprit subtil, qu’on ne peut aisément surprendre, parce qu'il est toujours en garde, qu’il dort peu, travaille beaucoup, pense à tout, est adroit, parle bien et est assez instruit des affaires étrangères (2). » Le Mercure françois, enclin, il est vrai, à l'apologie, dit aussi : « Celuy qui a été fait secrétaire d’État est un prélat si plein de gloire pour l'innocence de sa vie, pour l’éminence de son savoir et pour l'excellence de son esprit, que tous ceux qui savent quel est son mérite avoueront aisément que Dieu l’a destiné pour rendre de grands et signalés services à Leurs Majestés au milieu des tempêtes de leur État (3). » |

(1) PONTCHARTRAIN dit « qu'on se plaignoit.. de l'éloignement des affaires de tous les anciens ministres de l'État et de l'établissement de deux ou trois qui n’ont d'autre mérite et expérience aux affaires sinon d'être ministres des passions du maréchal et de sa femme (qui étoient MM. Mangot, Barbin et Richelieu-Luçon) ». (T. II, p. 268.) — Voir aussi le passage des Mémoires de Brienne cité plus loin.

(2) Recueil de diverses pièces, etc.

(3) Mercure françois, 1617 (p. 44).

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