JUGEMENTS PORTÉS SUR LUCON
Des contemporains moins suspects, les diplomates portent aussi des appréciations qui font plus d'honneur à leur confiance qu’à leur perspicacité. Voici d'abord l'avis des ambassadeurs vénitiens : « La charge de secrétaire d’État qu'avait Mangot fut offerte à Barbin; mais celui-ci n’a pas voulu quitter le ministère des finances, où il y a plus de profit et moins de fatigue. La secrétairerie a donc été confiée à l’évêque de Luçon, désigné antérieurement pour aller en Espagne. À notre avis, ce ministre ne peut être considéré comme favorable aux intérêts de Vos Seigneuries. Il nous revient en effet qu’il est du parti espagnol; d’ailleurs, il est grand aumônier de la reine régnante. Il fréquente habituellement à l'ambassade d’Espagne ; on dit même que l'Espagne lui paie pension (1). » Le 2 décembre, le nonce du pape, Bentivoglio, qui, il est vrai, n'avait pas encore pris possession de son poste, écrivait de Lyon à la cour pontificale : « A la place de Mangot on a mis l’évêque de Lucon, prélat qui, quoique Jeune, est, comme le sait Votre Sainteté, un des plus éminents de la France par ses connaissances, son éloquence, sa vertu et son zèle pour la religion. Nous pouvons espérer que ce changement nous sera favorable; car le garde des sceaux, quoiqu'il fût très instruit et très intègre, n’était pas très attaché aux choses de la religion; et comme secrétaire d'État, on ne pouvait rien désirer de mieux que l'évêque de Luçon (2). » Il n’est pas jusqu’au duc de Monteleone, ambassadeur de Philippe IE, qui ne fasse à son tour l'éloge de l'évèque : « C’est mou ami intime, écrivait-il : il n’en existe pas deux, je crois, en France aussi zélés pour le service de Dieu, de notre couronne et du bien public. Et quand il n’aurait pas toutes ces qualités, son zèle pour le service de la reine infante nous permet de tout attendre de lui. D'ailleurs, j'ai les preuves les plus formelles de son dévouement à notre cause. » Le nouveau secrétaire d'État allait avoir beaucoup de peine à se donner pour détruire la trop bonne opinion qu'on avait de lui dans certaines ambassades étrangères (3).
(1) Dépêche des deux ambassadeurs vénitiens, OTTrAvIANO Bon ét VICENZO GUsSONI, du 29 novembre, Bibl. Nat. f. Ital., vol. 1770 (F0 110).
(2) La N'unziatura di Francia del card. Guino BeNTIvoGLi10, édit. de 1863 (t. I, p. 14).
(3) Cfr. les citations de Carericue, Richelieu, Mazarin, etc. (p. 177), et AVENEL, Correspond. (t. 1, p. 192).