LA POLITIQUE D'AUTORITÉ
à exercer l'autorité gouvernementale. C’est la tendance ordinaire des favoris : maîtres de la volonté du souverain, ils veulent qu’elle soit obéie. En poursuivant les « grands », toujours en état de rébellion, il se posait en défenseur de la tranquillité publique et de l’ordre. C'était, pour son gouvernement, une chance sérieuse de succès. Les intérêts sont pusillanimes; ils se rallient vite à ceux qui parlent haut et qui frappent fort, puisqu’en somme l’énergie dans le gouvernement tourne au profit de ceux qui ont quelque chose à défendre.
Pour l’action, le ministère était bien composé : des hommes pauvres et maigres, n'ayant rien à ménager, non de ces gras personnages qui tremblent sans cesse pour leur bourse ou pour leur peau, — « de basse naissance et des faquins », dit du Vair. Plutôt intègres, mais ambitieux d'honneurs et de pouvoirs, sur la carte que le hasard avait mise entre leurs mains, ils jouaient leur vatout. Seul, peut-être, dans ce conseil, l’évêque de Luçon était tenu à
quelque ménagement pour la classe à laquelle il appartenait par
sa naissance et par son rang épiscopal; les diplomates contemporains le distinguent finement en cela de ses collègues (1). Mais 1l n'était pas le chef du ministère. N’eût-il pas subordonné sa fortune à la faveur du maréchal, qu’il eût dù s’incliner devant la volonté de l’homme qui l'avait poussé aux affaires : c'était Barbin.
Tout le monde considérait celui-ci comme le premier minis- tre (2) : « Le maréchal m'a parlé des trois ministres comme de ses créatures, écrit le nonce dès son arrivée à Paris; il fait beaucoup de cas de Mangot et de Luçon. Mais il me dit que celui qu'il estime le plus, c'est Barbin, qui, par sa pratique des grandes affaires, peut vraiment passer pour le maitre des deux autres. Ce Barbin est celui qui à, en ce moment, le plus d'autorité; c’est lui qui à provoqué la chute du président du Vair ». Dans les audiences c’est bien l'attitude que prenait Barbin : « Je l’ai trouvé homme résolu, parlant librement, et avec autorité. Nous avons parlé des choses du dedans, et des choses du dehors. Il me dit
(1) BeNTIVOGLI0 (I, p. 72).
(2) Ponrenartrain dit : « Barbin que je nomme le premier, comme étant celui qui conduisait toutes les affaires » (t. II, p. 306).