INFLUENCE DE BARBIN
si
qu'il avait bon espoir de sortir d'affaires, au besoin par la force, si la douceur ne suffit pas; en tout cas, il assure qu'il ne ménagera rien de ce qu'il faut pour réussir (1). » |
Après l'avoir fréquenté plus longtemps, le même nonce, de sa plume élégante, fait de Barbin le portrait suivant : « C'est un homme de basse naissance, mais d'esprit vif et subtil. IL a une longue pratique des questions de finances ; en maintes circonstances, ila montré, en ces sortes d’affaires, un esprit inventif et ingénieux qui l’a introduit dans la faveur des Concini et qui lui a fait obtenir la charge de contrôleur général. Maintenant, tant par son ütre que par leur faveur, il a le maniement de toutes les finances du royaume. C’est un homme d'aspect rigide, dur en affaires, haï autant à cause de sa puissance que parce qu'il la tient de ce qui est haï de tout le monde. Il passe pour homme de bien et bon catholique; d’ailleurs, pour les choses ecclésiastiques, il s’en rapporte à l'évêque de Luçon. Il montre du jugement et de la résolution. 11 parle avec fermeté et autorité et c’est lui qui a la plus grande part dans tout ce qui se fait actuellement (2). »
Luçon était le bras droit de Barbin : l'ami, le protégé, le confident. Tout ce qui s’est fait pendant ce court ministère a été décidé en commun par ces deux hommes, souvent contre leurs collègues, parfois contre le maréchal d’Ancre. De cette action commune, Luçon, par la suite, n’a jamais rien désavoué. Après la chute du ministère, il écriväit dans un mémoire intime qu'il préparait en manière d’apologie : «... faudra mettre la défense de Barbin, mains nettes et courageux » (3). Barbin, d'autre part, avait en Lucon une confiance absolue. Il semble qu'il prenait plaisir à satisfaire les ambitions de sôn jeune ami. 11 y mettait même de la rondeur et lui faisait, au grand émoi de ses ccllègues, attribuer, en vertu du rang épiscopal, la préséance sur les autres secrétaires d'État (4). La commission qui nomma l’évêque au secrétariat
(1) Lettres du 15 déc. 1616 et du 17 janvier 1617 (t.I, p. 32).
(2) Lettre du 28 mars 1617 (t. I, p. 165).
(3) Caput apologeticum (Correspond., t. VII, p. 422).
(4) Voir l'incident très vif raconté dans les Mémoires de BRiENNE (édit. de 1721, t. I, p.62). Brienne contesta la préséance accordée à Lucon, disant que sa qualité d’évêque, que l’on invoquait, l'obligeait à résider : « Nous trouvämes dans le cabinet de la
POUVOIRS DE L'ÉVÊÈQUE DE LUCON. 133
d'État l’associe au vieux Villeroy, qui reste titulaire de la charge, « pour en faire la fonction etjouir des honneurs, pouvoir, autorité, prérogatives, privilèges et franchises appartenant à ladite charge, et office de secrétaire d'État et de nos commandements, tout ainsi et en la même forme qu'en a ci-devant joui ledit sieur de Villeroy ; pour avec lui, conjointement ou séparément, en la présence ou l’absence l’un de l’autre, faire, signer et délivrer toutes les lettres et autres expéditions concernant nos affaires tant au dedans qu’au dehors notre royaume ». En outre, par une innovation importante, la commission de Richelieu, étendant singulièrement les pouvoirs du nouveau ministre, lui confie dans les termes suivants l'administration de la guerre : « également en ce qui concerne l'ordinaire et l'extraordinaire de la guerre et toutes les autres fonctions qui dépendent de ladite charge et office ». Les « gages et entretenemens » étaient fixés à 17 000 livres tournois (1). Dans les circonstances critiques que l’on traversait, un évêque ministre de la guerre, voilà qui prètait aux criailleries des partis et notamment des protestants! Mais cela témoigne aussi de l'extraordinaire confiance que ses protecteurs avaient en ce jeune homme qui n’avait encore rempli aucune fonction publique.
Jusqu'ici, il n'avait été, en effet, qu'un évèque zélé et un courtisan habile. La dignité épiscopale qui l'avait approché de la reine lui donnait seule une sorte d’autorité. Le maréchal d’Ancre eût désiré le voir renoncer à son diocèse pour le tenir tout à fait. Mais Luçon, par une première méfiance, refusa de se démunir; il consentit seulement à se défaire de sa charge d’aumônier de la reine
Reine l’évêque de Luçon el Richelieu, son frère. Barbin s'adressant à l’évêque lui dit ce qui s'étoit passé entre nous, en présence de Sa Majesté Celui-ci oublia pour lors ce qu'il m'avoit souvent protesté qu'il vouloit être de mes 2mis, et l'expérience qu'il avoit fait de ma bonne foi, en m'adressant les lettres qu'il écrivoit à la Reine, pendant le voyage de Guienne : car il me dit, d'un ton fier, qu’il y avoit longtemps qu'il savoit que plusieurs personnes (et moi particulièrement) qui approchaient le Roi, avoient peu de considérations pour l'Église. Ma réponse fut modérée et je me contentai de lui repartir que le regardant comme évêque et le trouvant dans la maison de Sa Majesté, je n’avois rien à lui dire, maïs que je ne conseillais pas à son frère, vers lequel je me retournai de me tenir un pareil langage... » Il fallut bien céder devant les injonctions du maréchal d’Ancre et de Barbin, et Luçon eut la préséance.
(1) Voir les deux commissions, celle qui nomma l’évêque et celle qui lui accorde la préséance dans le Recueil d’Aurery, in-f° (t. I, p. 6 et 7)