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RICHELIEU À TRENTE-DEUX ANS

régnante qu’il céda bientôt à Zamet, évèque de Langres (1).

Cette même dignité épiscopale lui assurait, de prime abord, la confiance des catholiques. Le nonce se louait beaucoup de lui au début, vantait ses vertus, son dévouement, sa piété; le pape l’accablait d'éloges, de faveurs, de bénédictions (2). En revanche, les huguenots étaient mécontents (3). Au dedans et au dehors, tous ceux qui étaient engagés dans la politique anti-espagnole partageaient la même méfiance. Il semble même qu'autour de l’évèque on appréhendât de le voir succomber sous le poids des lourdes charges qu'il avait assumées; car on lui adjoignit pour les affaires militaires un vieux commis nommé Beaucler, chargé de lui « faire Leçon (4) ». Mais il montra bientôt qu'il n’avait de leçon à recevoir de personne.

Cet homme était fait pour gouverner. Jusque-là, il avait marché, contraint et courbé, dans les avenues de l'ambition et de l'intrigue. À peine au pouvoir, sa taille se redresse : 1l est encore tout vibrant de jeunesse : sa sagesse même a quelque chose de passionné. Il ne faut nullement se représenter ici le futur cardinal, l'homme d’État de grand poids et de physionomie grave que la tradition, par un procédé de simplification trop aisé, ramène à un type unique et consacré. Le nouveau ministre est beaucoup plus près de ce qu'a été le marquis de Chillou. C’est à peine s'il a perdu l'aspect de l’adolescence, ses habitudes physiques et son ton cavalier. 11 ne parait en évêque que dans les cérémonies publiques. Dans le cours de la vie, c'est un jeune courtisan maigre et grêle, à l'aspect sérieux et intelligent. C’est ainsi, par exemple, qu'il apparait à l’abbé de Marolles, mandé du collège pour recevoir une semonce sur la conduite de son père, mêlé à la révolte de Nevers; au milieu de l’algarade, le collégien eut le

(1) Mémoires de Ricueuteu (t. I, p. 132). — Le CLerc dit qu'il céda sa charge à l'évêque de Langres et « qu'il en tira une bonne somme d'argent dont il paya quelques dettes de sa maison et se mit en état de vivre avec plus de splendeur à la cour ». Vie du Cardinal, édit. de 1753 (t. I, p. 20).

(2) Le pape approuve le choix de Lucon comme ministre et prescrit au Nonce de remercier le maréchal d'Ancre de cette nomination : Benrivoeuio (t. I, p. 61).

(3) 1bid. (p. 83), et Correspond. (t. VII, p. 377).

(4) Recueil de diverses pièces (édit., de 1637, p. 27).

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