LES « AFFAIRES DU DEHORS
j'ai de prendre connaissance du sujet de votre ambassade, vous avez voulu, par un excès de bonne volonté, me prescrire comme quoi je me dois gouverner en toutes les autres. » Mais son parti était pris de changer tout ce personnel lié au passé et de n’employer partout que des hommes nouveaux.
Cette résolution une fois arrètée , il consacra quelques semaines à un examen rapide de la situation de l’Europe et à l'étude des diverses questions qui se présentaient à lui, ne voulant agir que quand il se sentirait en pleine connaissance des affaires et bien maitre de ses intentions.
Le premier pays qui attirait ses regards, c'était l'Italie. Un des problèmes politiques les plus graves qui puissent retenir l'attention des hommes d'État français était posé à cette époque : il s’agit dela possession de ces vallées des Alpes par lesquelles l'Allemagne entre en communication avec les puissances méridionales, rivales de la France. À cette époque, l'Espagne était puissante. Elle régnait sur la Belgique et sur la Franche-Comté; elle dominait l'Italie. Ses armées, suivant les routes militaires ouvertes par les Romains, s’efforcaient de gagner le Rhin supérieur à travers les défilés des Alpes centrales. Établir ce réseau de routes d’une manière durable, c'était fermer le cercle qui enserrait nos frontières (1).
Heureusement, en Italie même, les ambitions tenaces de l'Espagne rencontraient deux adversaires luttant pour leur propre compte.
C'était la Savoie et c'était Venise.
La dynastie de Savoie, encore blottie dans son aire, passait seulement la tête et humait le vent. La paix conclue à Lyon, par Henri IV la détournait de la France, proie hors de proportion, sinon avec ses appétits, du moins avec ses forces. L’échec réitéré des fameuses escalades de Genève lui avait appris qu'il n’y avait rien à prendre sur la Suisse. Ne pouvant satisfaire ni « sa soif de Genève », n1 « sa faim de Grenoble », elle se tournait vers ces grasses plaines de l'Italie, où sa rapide fortune devait bientôt s’abattre.
(1) Les précédents de la question des défilés alpins sont remarquablement exposés dans le livre de M. Es. Rorr, Henri IV, les Suisses et la Haute Italie, la lutte pour les Alpes (1598-1610); Plon, 1882, in-80. La carte jointe à cet ouvrage est précieuse à consulter.