‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 127 sur 479 · LES AFFAIRES D'ITALIE · texte numérisé non relu

LES AFFAIRES D'ITALIE

Par quels trous tortueux le Savoyard ne dut-il pas passer pour échapper à la colère qu'il avait suscitée? Son fils, le prince Philibert, dut aller en Espagne subir les rebuffades de l’orgueil castillan et implorer Le pardon de l'alliance conclue avec Henri IV. Il est vrai que, tout en négociant un nouveau mariage pour ce fils, à Madrid , le duc en traite un autre tout contraire en Angleterre, et qu’en Italie il trame une vaste alliance entre les États hostiles à la domination espagnole. C’est alors quil adresse effrontément aux Italiens un manifeste célèbre où le fin renard fait parade de ses plus beaux tours : « Mes armées sont la sauvegarde de l'Italie; le roi d’Espagne tient sous le joug Naples et Milan; les embarras de Venise se multiplient, la Toscane est comme assiégée, Rome hésite ; Gênes, sous le canon des flottes de Barcelone, n’obéit qu'aux ordres de Madrid ; si je désarme, la Péninsule ne comptera plus que des traitres et des esclaves. Que l’opinion des Italiens dicte ma réponse (1)! »

L'Espagne possédait, en Italie, Naples et le Milanais; elle avait Mantoue sous sa protection. On ne pouvait lever un doigt dans la Péninsule sans toucher à ses intérêts ou à ses prétentions. Mais, en raison même de la grandeur et de la diversité de ses possessions, elle était obligée de laisser à ses vice-rois une grande indépendance. L'Espagne, comme l'Angleterre d'aujourd'hui, était dispersée sur le monde entier. Sa politique était toujours partagée entre la nécessité de s'étendre sans cesse et La difficulté de garder des acquisitions de plus en plus éloignées. Aussi, même en Italie, le vice-roi de Naples et le gouverneur du Milanais étaient-ils à peu près les maîtres dans leur province. Leur action, subordonnée seulement dans sa ligne générale aux intérêts de la couronne, était dirigée, le plus souvent, selon les

vre en Italie, d'accord avecla Savoie, une politique qui eùt modifié, probablement, il y a trois siècles, le sort de la péninsule. Je reviendrai sur la question. Voir, notamment, le Lesdiguières de M. Durayarp (p. 344), et relire l’exposé que fait Villeroy à l'ambassadeur vénitien Foscarini, le 14 juillet 1610, d'un grand projet de confédération italienne, avec le duc de Savoie et le pape, contre l'Espagne, dans Relazioni, xvne siècle, Francia, (4. I, p. 340). — La régence de Marie de Médicis avait modifié tout cela.

(1) SAINT-GENYS, Histoire de Savoie (t. II, p. 252). — Au sujet du mouvement d'opinion si accentué qui se produisit, à celte époque, en Italie, contre la domination espagnole, cfr. Domenico Carurri, Istoria della diplomazia di Savoia; Torino, Bocca, 1876 (t. II, p. 132).

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