VENISE ET L’ESPAGNE
meure de disperser ses troupes. Mais Charles-Emmanuel sy refusa. Il se croyait fort. Il avait contracté des alliances avec Jacques I‘ et avec la République de Venise et avait recu de l’argent de ces deux gouvernements : 1l avait levé et instruit ses excellentes milices savoisiennes, enrôlé des troupes en France, en Suisse, en Lorraine, acheté des mousquets à Genève, intrigué partout, et surtout en France, auprès de son grand ami et voisin, le maréchal de Lesdiguières. Il se sentait vivre, puisque tout, en Europe, était troublé à cause de lui.
De ces diverses intrigues, les plus importantes étaient assurément celles qu'il poursuivait avec les Vénitiens et avec Lesdiguières. Venise était, pour l'Espagne, une adversaire beaucoup plus ancienne et plus irréductible que la Savoie. Ceux qui combattaient la monarchie péninsulaire pouvaient toujours escompter, de sa part, une prudente adhésion. Pour le moment, la République était engagée dans un défilé très étroit, où la force et l'adresse de sa grande rivale l’étreignaient cruellement. Il ne s’agissait pas de secourir les autres, mais bien de les appeler à l’aide.
La République « reine de l'Adriatique » avait, par-dessus tout, besoin de sécurité sur les eaux. Mal protégée par ses lagunes, non fortifiée et non fortifiable, tout danger qui s’approchait d'elle, si mince qu'il fût, la faisait trembler. Or, depuis plusieurs années, elle se trouvait aux prises avec un ennemi qui, pour n'être qu’un moucheron, à comparer avec la puissance du lion de Saint-Mare, ne lui en faisait pas moins de cruelles piqüres. C'était la tribu célèbre des Uscoques.
Ce ramassis de brigands et de transfuges, formé, dans la première moitié du xvr' siècle, à l’abri des îlots qui découpent le fond de la mer Adriatique, était cantonné autour de la ville de Segna. De là, il menaçait sans cesse la navigation, attaquant le plus souvent les Turcs, mais, faute de mieux, s’en prenant aux Vénitiens. Venise avait la prétention de faire la police de ses eaux. Elle résolut de mettre le pied sur ce nid de forbans. Mais elle se heurta à la maison d'Autriche. En effet, les Uscoques avaient réclamé la protection de l’archiduc Ferdinand d'Autriche, proche pa-