RECOURS A LA FRANCE
Ainsi, en mème temps que le duc de Savoie se tournait vers la France et notamment vers son puissant voisin, le maréchal de Lesdiguières, gouverneur du Dauphiné, pour réclamer de lui aide et secours contre les lieutenants de l'Espagne, Venise, invoquant la vieille amitié qui l’unissait à la couronne de France, rappelant le souvenir si récent de l’appui qu’elle avait fourni au roi Henri IV pour l’aider à conquérir son royaume, s’adressait aussi à son successeur (1).
Cesévénements se passaient dansles premiersmois del’année 1616, quelque temps avant l’arrivée de l’évèque de Luçon aux affaires.
L'embarras était grand pour la cour de France. Les deux dynasties de France et d'Espagne venaient de s'unir par le double ma-
riage, couronnement de la politique de Marie de Médicis. Sans qu'il.
y eût, à proprement parler, de traité d'alliance, l'entente existait entre les deux cours. L’'ambassadeur d’Espagne, le duc de Monteleone, était admis dans les conseils de Marie de Médicis. Il avait acquis à la cause de son maître les Concini et leur bande. A l’intérieur, le parti catholique, les prêtres, les moines, s’appuyaient sur lui, et il n’avait d’autres adversaires que les adversaires de la reine mère, les rebelles, Condé, Bouillon, Mayenne, Vendôme, qui recherchaient l'appui du parti huguenot, des princes d’Allemagne, de la Hollande, de la Savoie, de Venise, en un mot, de tout ce qui, au dehors, était engagé dans la lutte ouverte contre la maison d'Espagne. $
D'autre part, on ne pouvait oublier .es vieilles traditions qui poussaient invinciblement les « bons Français » à résister à la domination espagnole. Cette politique était considérée, non seulement en France, mais en Europe même, comme une maxime d’État. On constatait, comme un fait, « la contrariété d'humeur qui existait entre la nation française et l’espagnole » (2). « Il faut,
(1) Voir une très importante lettre de Pr£rro ConraRiNi, à la suite d’une audience de
Marie de Médicis, le 8 mars 1616, où toute l'attitude de Venise à l’égard de la France, .
au lendemain des mariages espagnols, se trouve habilement exposée. (Bibl. Nat. f. Iltal., vol. 1769, fos 5-15).
(2) Titre d’un pamphlet dédié à Richelieu, peu après la mort de Gustave-Adolphe.
L'auteur avait sous les yeux un autre pamphlet publié en 1614, à propos des mariages espagnols, et intitulé l’Antipathie des Français et des Espagnols, par Ch. Gauvin.
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