HÉSITATIONS DE LA COUR DE FRANCE
dit Rohan, poser pour fondement qu'il y a deux puissances dans la chrétienté qui sont comme les deux pôles desquels descendent les influences de la paix et de la guerre sur les autres États, à savoir, les maisons de France et d’Espagne. Celle d’Espagne, se trouvant accrue tout d'un coup, n’a pu cacher le dessein qu'elle avait de se rendre maitresse et de faire lever en Occident le soleil d’une nouvelle monarchie. Celle de France s’est incontinent portée à faire le contrepoids. Les autres puissances se sont attachées à l’une ou à l’autre selon leurs intérêts (1). » La situation que Rohan exposait avec la clarté et la force de son esprit, tout le monde la considérait comme fatale, et la subordination complète à la maison d’Espagne eût été, pour les ministres français, une honte qu'auceun d'eux n’eût pu accepter.
Quel embarras pour un ministre jeune, arrivé aux affaires par la faveur des Concini et de Marie de Médicis, familier intime de
l'ambassade d'Espagne, pour un homme qui. par ambition ou par =) x)
conviction , s'était prononcé publiquement, dix-huit mois auparavant, en faveur des alliances espagnoles, pour un prètre que l'é-
clat des grandes dignités ecclésiastiques attirait, et qui, avant
tout, voulait rester digne de là confiance que Rome et le nonce ne cessaient de lui témoigner!
Au moment où 1l réfléchissait encore sur le meilleur parti à prendre, ou peut-être, tout simplement, sur le meilleur moyen de se tirer d'affaire , sa politique se trouvait brusquement engagée en dehors de lui. Le gouverneur du Dauphiné, Lesdiguières, franchissait les Alpes, et répondait, par une démonstration militaire, à l'appel du duc de Savoie.
IL fallait l’état de désorganisation profonde où était tombé le royaume pour que de pareils faits fussent possibles. Un gouverneur de province, ayant sa politique extérieure à lui, se décidait et agissait selon ses vues particulières, sans s'inquiéter ou sans tenir compte des volontés de la cour. Il levait des troupes, entrait en campagne, combattait les alliés de la couronne, en daignant à
(1) Préface de M. de RonaN, sur les Intéréts des Princes qu’il a composés; Cologne,