IL FRANCHIT LES ALPES
déjà, grandissait encore, quand, rude soldat bardé de fer, il apparaissait sur la crête des Alpes et jetait l’épouvante sur les plaines fertiles soumises à la domination espagnole. Si, dans sa vie, il était resté fidèle à une idée, c’est à celle-là : combattre partout, mais surtout en Italie, la maison d'Espagne. C’est cette pensée qui avait fait de lui, alternativement, un adversaire implacable ou un partisan déclaré du duc de Savoie (1).
IL la suivait encore, quand, au mépris des ordres de la cour, il franchissait les Alpes, en hiver, pour porter secours au Savoyard traqué dans ses montagnes par le gouverneur Don Pedro. Parmi les raisons qu'il donnait, après coup, pour expliquer sa résolution, 1l y en avait de très plausibles. « Le feu roi a engagé le duc de Savoie dans la querelle dont il porte aujourd’hui tout le poids; Louis XIII lui-même, médiateur de la paix d’Asti, doit veiller à ce qu'elle soit fidèlement observée des deux parts. Le gouverneur du Milanais l’a violée effrontément, et menace l’existence de la Savoie. Or, la maison de France a un intérêt de premier ordre à ce que cette principauté ne soit pas anéantie. Il y va mème de l'honneur de la couronne. C’est ce sentiment, partagé par tous les « bons Français », qui guide le maréchal au moment où il franchit les Alpes. Sa conduite a toujours été à l’abri du reproche; elle l’est encore dans cette circonstance; ce n’est pas à son âge qu'il voudrait gâter une existence toute faite de loyauté et de soumission. Il restera, jusqu'à la mort, fidèle à son serment d'obéissance, mais aussi fidèle au serment qui le lie aux alliés de Sa Majesté. La province est tranquille. Le royaume ne souffrira pas d’une courte absence qui aura pour résultat de rendre les Espagnols plus traitables et de les incliner devant l’intervention du roi de France, qui, une fois encore , agira dans le sens de la paix (2). » Le 19 décembre, Lesdiguières quittait Grenoble avec 7 000 fantassins et 500 cavaliers. Il arrivait à temps pour sauver Charles-Emmanuel, en prenant ou en débloquant les places assiégées ou enlevées par les Espagnols.
(1) V. l'ouvrage de M. DurayarD, passim et notamment p. 267. (2) Lettre reproduite dans la Correspondance des Ambassad. Vénitiens (vol. 1770, fo 217), RICHELIEU. — T. Il. 20