‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 136 sur 479 · VENISE ET LA FRANCE · texte numérisé non relu

VENISE ET LA FRANCE

Au fond, tous les cœurs français étaient avec Lesdiguières. Louis XIII lui-même, en recevant ces lettres où un sujet en prenait à son aise avec les ordres du prince, ne pouvait dissimuler sa satisfaction : « Tant mieux, dit-il, cela fera baisser le nez aux Espagnols (1). » La cour pensait de mème : quelques mois auparavant, sur les instances de l'ambassadeur d’Espagne, on avait interdit aux gentilshommes et aux soldats de franchir les Alpes pour aider le duc. Tout le monde se plaignit de cette mesure, et les gentilshommes n’en tenaient aucun compte : « On ne peut croire combien, de cet ordre, chacun en dit vivement sa pensée. On trouve qu'il est vraiment trop dur d’être empêché d'aller à la défense d’un prince allié de cette couronne, qui est en paix avec la France et dont la conservation importe tant aux intérêts de ee royaume, quand le roi défunt n’a pas interdit à ses sujets d’aller se mettre au service de l’archiduc Albert, au moment même où les États de Hollande étaient ses alliés (2). »

Les ambassadeurs vénitiens, de leur côté, travaillaient avec ardeur à provoquer une intervention de la cour de France dans les affaires d'Italie. Le 29 novembre, ils écrivaient encore, résumant dans une phrase heureuse l'ensemble des raisons qui auraient dû la décider : « Nous avons fait connaitre à Sa Majesté la nécessité où elle se trouve d'aider la Savoie, de porter intérêt aux affaires de la République, de soutenir l'Italie, et enfin d’avoir

l'œil le plus attentif sur les desseins et les actes des Espagnols,

qui veulent arriver, par tous les moyens, à la domination complète sur l'Italie, au grand préjudice de la couronne de France. Mais, ajoutent-ils, nous n’avons guère obtenu de succès, le mi-

nistre (Mangot) étant sans expérience non seulement de cette.

affaire, mais de toute espèce d’affaires, et, en outre, attaché au parti contraire (3). »

Maintenant que Mangot venait d’être remplacé par Lucon, allait-il en être autrement? C’est ici que les circonstances atten-

(1) Ambassad. Vénit. (vol. 1770, fo 226).

(2) Mercure françois (t. IV).

(3) (Vol. 1770, f° 134). — Cfr. l'exposé intéressant de l'affaire que PONTCHARTRAIN fait dans ses Mémoires. — C'est une lettre de Pontchartrain, du 2 décembre, qui interdit à Lesdiguières de passer en Italie. Elle est reproduite par les Amb. Vén.

Page 1